mardi 9 mai 2017

La force des mythes



Remue-méninges : des machines et des mythes

 
Les super-pouvoirs annoncés de l’intelligence artificielle génèrent un espoir messianique (grâce à elle, nous deviendrons des dieux) ou une anxiété fantasmatique (nous créons le Golem qui nous échappera et nous asservira).

Nous oublions l'essentiel. 

Dans « Intelligence Artificielle », il y a « artifice », qui a la même racine que le mot artefact (produit ayant subi une transformation par l’homme et qui se distingue ainsi d’un autre, provoqué par un phénomène naturel. Wikipédia).

L'IA est un bon outil, mais ce n'est qu'un outil. Ce que cet artefact, ne saura jamais faire, en dépit de ses prouesses, c'est inventer des mythes. Une IA éprouvant le besoin spontané d'imaginer sa légende et son épopée, ne verra jamais le jour et c'est sans doute pourquoi certains illuminés rêvent d'un croisement homme-machine... C'est dans cette humanité « augmentée » qu'est le vrai danger et c'est cette nouvelle forme d'esclavage que nous devons refuser avec détermination

La mythologie est le propre de l'Homme. Notre imaginaire prend sa source dans ce que Jung appelait des archétypes, c’est-à-dire des symboles universels qui sous-tendent tous les psychismes humains, en tout temps et en tous lieux, et qui traduisent les questions, les aspirations, les angoisses existentielles et les constantes de notre esprit. C’est le fil qui tisse l’appartenance, le plus souvent inconsciente, à notre commune humanité vivante et mortelle.

Ces symboles universels se traduisent par des mythes qui travaillent de manière souterraine nos représentations : les mythes de genèse et des origines, ceux des forces implacables et fatales qui conduisent aux destins tragiques, celui du Paradis perdu, celui du héros à la recherche de la Toison d’or ou celui d'Œdipe aveuglé par ses passions, qui déclenche la peste sur ses semblables, celui de la femme de Loth changée en statue de sel pour avoir regardé derrière elle, d'Icare volant jusqu’au soleil et s’y brûlant les ailes, ou encore Persée tranchant le tête de la Gorgone Méduse à la chevelure de serpents, qui pétrifiait d'horreur tous ceux qui la regardaient...

Nous pensons avoir banni les mythes de notre monde contemporain rationnel, logique et numérique, et nous y voyons des croyances archaïques, bonnes à être jetées aux oubliettes. Pourtant, les mythes sont là, toujours aussi présents, opérants et sidérants, surgissant brutalement de façon d'autant plus foudroyante que la rationalité contemporaine les a refoulés. 

L’actualité nous le rappelle tous les jours.


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Pauvre comme Job.

Le livre de Job est un des grands chapitres de la Bible. Il raconte l’histoire d’un homme soumis à un destin extraordinaire et interroge sur les causes de ses souffrances.

Job était un notable de province comblé, riche de nombreuses vaches, d'une grande maison et de terres, nanti d’une magnifique famille et de nombreux amis qui le prenaient pour modèle. Il accomplissait tous ses devoirs rituels, religieux et sociaux envers ses proches et ses semblables, à qui il inspirait respect et considération. C'était un leader de sa communauté.

Dieu admirait la droiture de Job, exemple influent du parfait croyant. Mais le Diable, ce grand diviseur, s’en mêla et insinua que Job adorait ses biens beaucoup plus que son Dieu, à qui il proposa un pari : enlève-lui ses possessions et tu verras ce que vaut sa foi...

Dieu accepta le pari et d’innombrables calamités s’abattirent sur Job, les unes après les autres. Il perdit ses vaches, ses terres, sa richesse, ses amis, et même sa réputation. Ses semblables l'accusèrent de mensonge. Il perdit enfin sa santé et fut atteint d’une sorte de lèpre. Au comble de la désespérance il adressa une lamentation à Dieu : « Pourquoi tous ces malheurs ? Qu’ai-je fait pour les mériter ? »

Et Dieu répondit : « Tu crois tout comprendre des causes et des effets. Mais où étais-tu quand je créais le monde » ? Et Job reconnut ses limites et son ignorance des causes premières et des effets.

L'interprétation communément admise des malheurs de Job  renvoie à l'image d'un Dieu peu sympathique et sans bonté, qui joue sa créature aux dés avec Satan et lui inflige des tourments pour tester sa fidélité. Ce Dieu-là ressemble beaucoup à un tyran.

Une autre interprétation est possible : ce dont Job a été dépouillé dans de grandes souffrances, c’est son masque social, le personnage qu’il était dans le regard des autres, le « faux self » plein de bonne conscience, auquel il s’identifiait en confondant être, paraître et avoir.

Douloureusement dépouillé de tous ses faux-nez et libéré de son mensonge vital, il finit par découvrir sa véritable identité, son plus grand bien : le noyau de son être réduit à l’essentiel, ce mystère inconnaissable.
  
(Toute ressemblance avec des personnes existantes
 n'est pas du tout fortuite).

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Le roi Midas, son or et ses oreilles d'âne

Le roi Midas, qui régnait sur la Phrygie, rendit un jour un service à Apollon, le Dieu de l’harmonie, en sauvant et en hébergeant son ami Silène, trouvé totalement ivre sur un chemin de son royaume. Apollon, reconnaissant, lui accorda la réalisation d’un vœu. Ce roi Midas, bien que puissant, était un très grand benêt qui avait une passion boulimique pour la richesse. Il souhaita, sans réfléchir, recevoir le don de transformer en or tout ce que sa main pouvait toucher, don qu’Apollon lui accorda.

À la fin d’une journée épuisante toute entière occupée à transformer en or les murs, les plafonds, les colonnes, les meubles et les baignoires de ses palais, les arbres et les plantes de ses jardins, bref, tout ce sur quoi il pouvait mettre la main, fatigué par toutes ces émotions, il se mit à table... et se cassa les dents sur l'or incomestible de sa nourriture et de ses boissons.

En grand danger de mourir de faim, il supplia Apollon de reprendre son vœu et le dieu, magnanime, lui conseilla de se laver les mains dans un fleuve pour qu’il emporte le don : c’était le Pactole qui depuis, est synonyme de richesses inépuisables cachées sous les eaux, ce symbole de l'inconscient.

Une autre version du mythe, probablement complémentaire de la première, raconte comment, arbitre d’un concours de musique entre un joueur de flûte et Apollon qui jouait de la lyre, Midas manqua de jugeote en déclarant vainqueur le joueur de flûte. Furieux de ne pas avoir été choisi, Apollon l'affubla d’une paire d’oreilles d’âne que le roi tenta de camoufler en laissant pousser ses cheveux. Mais les rois n'ayant pas de secrets pour leurs serviteurs, son coiffeur s’en aperçut et craignant pour sa vie s’il divulguait ce secret qui lui pesait, il l'enterra en creusant un trou dans le sable et en murmurant dans le trou « le roi Midas a des oreilles d’âne ». Une touffe de roseaux y poussa et répandit le secret à tous les vents...

 (Toute ressemblance avec des personnes existantes
 n'est pas du tout fortuite).

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Don Juan et son bon plaisir.

Le mythe de Don Juan se retrouve, vivace, dans notre imaginaire depuis Tirso de Molina au XIVe siècle, en passant par Molière et Mozart. Ce prédateur, libertin et mécréant, ce cynique égoïste, ce destructeur niant toute morale, pour qui toutes les femmes étaient des objets soumis à sa frénésie de priapisme, ne craignait ni dieu ni diable et collectionnait les conquêtes féminines, consentantes ou non. « Mille e tre... » disait-il à son valet Leporello, en comptant ses victimes.

Il tomba de haut, précipité dans un abîme de feu, maudit et condamné par la statue du Commandeur qui vengeait ainsi toutes les femmes abusées et qui punissait son outrecuidance.

 (Toute ressemblance avec des personnes existantes
 n'est pas du tout fortuite).
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Ne traitons pas les mythes par le mépris,
ils pourraient bien nous le rendre...


 

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