lundi 7 novembre 2016

La dictature du chiffre




L’œil de la mouche : des comptes et des hommes


Compter, qu'est-ce que cela veut dire ?
« Deux verbes français sont issus du latin computare, « énumérer » : compter et conter. Le premier, qui a le sens de calculer, est la graphie savante du verbe « conter », qui s’est spécialisé dans l’énumération des évènements d’un récit, d’une histoire.

Compter est un verbe sans histoire, tantôt transitif (« compter sa monnaie »), tantôt absolu : compter signifie alors avoir de l’importance (« C’est un homme qui compte »). Comme beaucoup de verbes, il s’enrichit d’être suivi d’une préposition. Ainsi compter sur signifie « avoir confiance en… », compter avec, « devoir tenir compte de… », compter parmi, « mettre au nombre de… ».

Sans oublier : compter pour…, comme par exemple dans « compter pour rien » ; « compter pour du beurre » : être considéré comme une quantité négligeable. Et enfin compter sans, « ne pas tenir compte de » : « compter sans les cavaliers de l’ennemi », c’est, dans une bataille, ne pas faire entrer en ligne… de compte leur intervention éventuelle. »
Danièle Sallenave
de l’Académie française

 L'article complet est ci-dessous



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Prière de ne pas tout mélanger et de faire un tri.

Compter = énumérer, dénombrer des objets ou des catégories.

Mais aussi :
Compter sur = avoir confiance, fiabilité
Compter avec ou prendre en compte = accorder de l’importance, de la considération
Compter faire = intention
Donner sans compter = générosité
Avoir son compte = déclarer forfait, saturation
 Laisser pour compte = négligence ou mépris


C'est un TOC, nous chiffrons tout. Il suffit d'un survol attentif de la presse ou des réseaux sociaux pour s'en apercevoir et pour que cette litanie devienne obsédante : les 20 maisons les plus chères du monde, le nombre de morts après une catastrophe, les 10 compétences les plus recherchées par les recruteurs, les 100 plus grosses fortunes, les 15 plus grands gratte-ciel, les « Top Ten » des  filles les plus « glamour », les 5 erreurs à ne pas commettre en entretien d'embauche, les 20 pays les plus prospères, les 4 défis des chefs d'entreprise (pas plus ?), les intentions de vote des Français, les 30 vêtements qu'il faut avoir dans sa garde-robe, ou encore comment ranger 60 paires de chaussures dans 2 pièces...

Le compte est-il bon ? Tout compte fait, non. Car, au bout du comptepeut-on compter et chiffrer les sentiments ? L’intuition ? Les émotions ? La poésie ? La confiance ? L’amitié ? La responsabilité ? La tristesse ?

Peut-on tester et peser les aptitudes, la personnalité, la motivation, les valeurs, tous ces domaines de l’impondérable mouvant et évolutif que la manie des statistiques veut à tout prix faire entrer dans une quantification figée pour avoir l'illusion de les maîtriser ?

Il est intéressant de noter que tous les anciens livres de sagesse interdisent le recensement : l'Homme n'est pas un objet comptable relevant des grands nombres, il est le sujet du verbe être. 
Confondre, en parlant de l'humain, les « quanta* » et les « qualia* » revient à régler son compte en le déshumanisant.


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Et voici ce qu'on obtient en littérature, quand les chiffres deviennent rois.
 Vous ne serez pas déçus...


2 commentaires:

  1. Je lis toujours vos billets avec plaisir, mais vous avez oublié quelque chose: Facebook permet de compter ses amis ! ☺

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