lundi 5 septembre 2016

La nostalgie, ce fantasme




Remue-méninges : jadis, tout allait mieux

Si on en croit la presse et les sondages, en France, nous avons peur de tout et en particulier de perdre notre qualité de vie.

  • Nous nous prenons en pitié, nous nous complaisons dans la morosité, la crainte des lendemains, la peur de la pénurie et du manque, celle des attentats, celle des étrangers, celle des crises économiques, celle du nucléaire, celle de la chute de météorites, celle des virus, des moustiques et de la pollution...
  • Nous fantasmons l'Apocalypse et nous restons les bras ballants, en l'attendant.
  • Nous avons peur que les technologies nous privent de notre humanité et nous craignons de ne pas savoir maîtriser les outils... que nous inventons.
  • Nous stigmatisons l’incurie des pouvoirs politiques et de ceux... que nous élisons.
  • Nous déplorons la déshérence des systèmes éducatifs et la disparition de notre culture, en nous gavant de presse à scandales et de téléréalité.
  • Et ainsi de suite...

Nous oublions que le monde n’a jamais été aussi confortable pour nous, occidentaux, et nous sommes tellement habitués au bien-être qu'il nous paraît un dû.

Mais le bon vieux temps est une légende car hier, c'était l'enfer :

  • Nos parents et leurs contemporains ont vécu l'époque démente de la deuxième guerre mondiale : les bombardements, les restrictions alimentaires, l’occupation de la France, l'exode, la France coupée en deux, la Gestapo, les camps de concentration, l’abomination de l’holocauste et, pour finir, Hiroshima.
  • Nos grands-parents et leurs contemporains ont connu l'hécatombe de la première guerre mondiale, la boucherie des batailles de la Somme et de Verdun, les ravages de la grippe espagnole qui a fait entre 25 et 50 millions de morts en 1918.
  • Il y a, aujourd'hui, 65 millions de migrants dans le monde, qui fuient la guerre et la misère. Être Français dit de souche, c'est être descendant de vagues de migrants : hommes de Cro-Magnon partis d'Afrique il y a plus de 100000 ans, premiers agriculteurs venus du Moyen-Orient au néolithiIque, Indo-Européens, Celtes, Grecs, Phéniciens, Ligures, Romains, Burgondes, Vandales, Huns et Wisigoths, Francs, Normands et Vikings, Saxons, Sarrasins et bien d'autres, sont venus enraciner ce que nous sommes aujourd'hui.
  • Au XIXe siècle, les guerres napoléoniennes ont décimé une génération, l’illettrisme était très répandu, rares étaient les enfants privilégiés qui pouvaient faire des études.
  • La peste et les famines, le froid et les épidémies, les invasions, les guerres de conquête et les guerres de religion, la tuberculose - ce fléau - ont brisé des vies et fait des millions de victimes tout au long de l’histoire.
  • Naguère, les voyages étaient une aventure dangereuse et épuisante en raison des mauvaises routes, des auberges malfamées, des moyens de transport rudimentaires et inconfortables, des bandits de grands chemins...
  • Paul Broca (1824-1880), anthropologue réputé et chantre de la craniométrie, comparait l'intelligence des femmes à celle des guenons (avec un préjugé favorable à l'égard des guenons). Les femmes étaient considérées comme mineures sous la tutelle de leur époux ou de leur famille, le travail des enfants était légal à partir de huit ans et ils devaient être régulièrement fouettés pour leur apprendre à vivre et pour les dresser à devenir des adultes convenables.
  • Au fil du temps, des populations n'ont connu,  de père en fils, que le servage (et c'est encore le cas, ici et là, aujourd'hui).
  • Avant Pasteur, les femmes mouraient souvent en couches, la mortalité infantile était la norme. L'usage de la pénicilline n'a été courant qu'à partir de 1946, la vie était courte et les médecins de Molière tuaient les bien-portants plus efficacement que les maladies.
  • Une lettre de cachet pouvait vous envoyer, à vie, dans un cachot de la Bastille. 
  •  Et ainsi de suite... 

Et avant-hier, nous étions déjà nostalgiques

Un prêtre égyptien, 2000 ans avant notre ère : « Notre monde a atteint un stade critique. Les enfants n’écoutent plus leurs parents. La fin du monde ne peut pas être très loin. »

Hésiode, 720 avant notre ère : « Je n’ai plus aucun espoir pour l’avenir de notre pays si la jeunesse d’aujourd’hui prend le commandement demain, parce que cette jeunesse est insupportable, sans retenue, simplement terrible. »

Socrate, 470-399 avant notre ère : « Notre jeunesse est mal élevée, elle se moque de l’autorité et n’a aucune espèce de respect pour les anciens. Nos enfants répondent à leurs parents et bavardent au lieu de travailler. Ils sont tout simplement mauvais. »



 L'âge d'or, ce fantasme qui persiste depuis Adam et Ève, chassés du jardin d’Éden.
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Un remède à la nostalgie, ci-dessous


1 commentaire:

  1. A ce billet, je me permets d'ajouter les propos de Jean d'Ormesson, 91 ans
    http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/c-etait-mieux-avant-168632
    et un extrait choisi d'une entrevue accordée par Michel Serres à Ouest-France
    "C’est pourquoi il y a tellement de grands papas ronchons aujourd’hui, qui disent tout le temps avant c’était mieux. Je leur réponds toujours, oui, j’y étais, cela tombe bien. On avait Franco, Mussolini, Hitler, Staline, Pol Pot… Rien que des braves gens !"
    http://international.blogs.ouest-france.fr/archive/2016/10/14/vendredi-serres-lecture-bonaparte-darwin-samaritain-16996.html
    Le seul bémol que j'ajouterai à ces propos, c'est de réfléchir à ne pas recommencer les mêmes erreurs et donc à penser le long terme comme vous le dîtes si bien.
    Merci Monique de la part de Catherine Caillebotte

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