dimanche 10 juillet 2016

Que dit le merle moqueur ?

Remue-méninges : le langage des oiseaux


Avez-vous déjà écouté - mais vraiment écouté et non pas simplement « entendu » - le chant du merle ?

Il est presque possible de comprendre ce qu’il dit. Il exprime par ses modulations toutes les nuances d'un langage : affirmation, interrogation, indignation, exaspération, exclamation, déclaration, invitation, jubilation, déception, tout y est et en l’écoutant, nous sommes toujours à deux doigts de le comprendre. Presque… 

Les ornithologues ont répertorié le chant de parade nuptiale, le chant du territoire, le cri d’alerte, etc. Mais je n’ai pas trouvé d’explication à l’évolution de son chant, au cours de la saison qui va de décembre à septembre.

De décembre à juin, la créativité règne. Roulades, sifflements, trilles toujours différentes, le béjaune invente la joie de dire, il se laisse aller à babiller la vie avec allégresse, il exprime toute son énergie en explosions de fantaisies débridées, à tue-tête et à gosier déployé. Il ne dit jamais deux fois la même chose, son discours est toujours inédit.

Puis soudain, il passe un cap (cette année, à Paris, c'était le 5 juillet, je ne sais pas s'il y a des variantes locales). En devenant un adulte posé et pesant, chargé de famille et de responsabilités, il adopte et imite un discours normé, conventionnel, à séquences redondantes et à la syntaxe cohérente mais qui ne laisse aucune place à l’improvisation. Il s’embourgeoise, il s’installe dans le conformisme, il laisse de côté les fantaisies de sa jeunesse. Écrasé par les soucis, il n’invente plus, il ne dit plus, il redit, il radote un peu. Il a sélectionné quelques thèmes qui reviennent sans cesse, son expression s’est appauvrie, son horizon s’est étréci.

Bon, nous aussi, tout compte fait.

Mais s'il y a des similitudes entre l’évolution langagière du merle et la nôtre, il y a pourtant une différence de taille : nous sommes capables de découvrir et d’inventer tout au long de notre vie. Là où l'instinct dicte le discours du merle, nous avons une caractéristique qu’on appelle la néoténie et qui tient au fait que le petit humain nait toujours prématuré, car son cerveau, mené à terme, serait trop gros pour permettre l’accouchement. Il continue de se développer dans la matrice familiale et sociale et c’est la culture qui prend le pas sur l’instinct. Nous conservons donc des caractéristiques de l’enfance, au moins pour ce qui concerne notre aptitude souple à apprendre et à créer. Nous échappons ainsi à l’évolution stéréotypée et à la fatalité d'un développement programmé.

Si nous ne cédons pas à la pression des normes sociales, si nous ne devenons pas des adultes résignés à tomber dans l’amidon comme le financier du Petit Prince, cet homme sérieux qui n'avait pas de temps à consacrer aux étoiles et aux roses, alors l’invention et la curiosité restent toujours possibles...

Écoutez :

2 commentaires:

  1. Bonjour,
    je ne suis pas en recherche de travail (retraitée). Je vins de parcourir quelques pages de votre blog. Il ma plaît énormément.
    Puis-je rester dans ce groupe et continuer à vous lire ainsi que les commentaires.
    Dans la vie de tous les jours, nous avons aussi à savoir répondre et parler à toute sorte de personne.
    Recevez mes meilleures salutations.

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  2. Bonjour et merci pour votre commentaire. Bien sûr, vous pouvez continuer à suivre les billets de blog, vous êtes la bienvenue.
    Passez un bon été, ensoleillé !

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