lundi 20 juin 2016

Yes, we can...




Remue-méninge : mais oui, c'est possible...


C’est un petit bonhomme solide, plein d’énergie chaleureuse, authentique et atypique, né dans une île de l’océan indien et dans un petit village très pauvre mais riche d'une culture de partage. Orphelin de père, il a grandi dans une maison de pisé au toit de chaume avec sa mère et six ou sept petits frères et sœurs. Il a, par la force des choses, assumé très jeune le rôle de chef de famille.

Tout en poursuivant ses études, il a travaillé pour élever toute sa fratrie et lui permettre également d'étudier, grâce à son salaire. Après sa licence en droit, il a émigré en France - pays de cocagne - et réussi à obtenir une maîtrise et un master 2, en parallèle d’un travail alimentaire de manutentionnaire qui lui a permis de survivre en foyer et d’envoyer au pays la plus grande partie de ses gains. Tous ses frères et sœurs ont terminé leurs études et trouvé du travail correspondant à leurs études, qui enseignant, qui fonctionnaire, qui assistant social…

Lui, non.

Son master 2 en droit ne lui a pas ouvert de portes et la France, frileuse et élitiste, pays des droits de l’Homme et de la reproduction sociale, ne lui a pas donné la chance de prouver sa valeur. Nom étranger, culture de solidarité et d’entraide ne font pas très bon ménage avec compétition socio-économique et crainte des différences.

Il a conservé son travail de manutentionnaire, s’est marié, a eu des enfants, créé et animé plusieurs associations d'aide et de conseil aux immigrés, participé en bénévole à l'animation de sa commune.  Un jour, à 50 ans, il est arrivé chez moi pour entreprendre un bilan de compétences.

Ni aigri, ni amer, il m'a dit : « Je veux savoir si je suis capable d'évoluer pour que mes enfants soient fiers de moi. Dieu est sur mon épaule et si c’est possible, j’y arriverai ».  Pendant deux mois d'exploration en commun, il a découvert la richesse de son expérience,  le potentiel énorme qu’il lui restait à exploiter, la manière d’en parler et la capacité à construire un autre projet de vie professionnelle.

Il a pu obtenir le financement d’une formation diplômante de niveau 1 en congé individuel de formation d'un an et il est allé jusqu’au bout de cette formation en alternance, malgré une fracture du bras et les perturbations de sa vie de famille. Reprendre des études à 50 ans, avec deux jeunes enfants dont la mère travaille en horaires décalés, n’a rien de facile…

Il a obtenu son diplôme en management de la qualité, ce qui a ouvert les yeux de l’entreprise qui le sous-employait depuis vingt ans. La direction a compris tout à coup que c’était un très gros gâchis et l’a promu à un poste de qualiticien. Ses enfants peuvent être fiers de lui et je suis plus riche de l'avoir rencontré.


« Dieu est sur mon épaule »
  C’est une autre façon de dire la confiance dans la vie.

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