mardi 5 avril 2016

Science sans conscience




Remue-méninges : les figures de style qui nous rendent fous
 
J’ai lu, dans un article publié par une revue scientifique très sérieuse, l'affirmation suivante : « Le cerveau est l’objet le plus complexe du monde connu. (...) La conscience est tout simplement un effet du cerveau, le produit de l'activité neuronale ».

« Tout simplement »... 
Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ?

Ce qui me frappe, au premier abord, c’est que la phrase est impersonnelle. Par qui cet objet complexe est-il connu ? Où est le sujet conscient, celui qui sait que le cerveau produit la conscience ?

Il a « tout simplement » disparu
Je ne sais pas si tous les scientifiques partagent le point de vue qui semble fonder le paradigme actuel en neurosciences : la subjectivité, la conscience et donc la pensée réfléchie seraient des illusions, fruits de l’activité des neurotransmetteurs et des connexions électriques et chimiques de nos synapses. Pour reprendre une analogie très connue, le cerveau produirait la conscience comme le foie produit la bile ...

Cette conception réductionniste entend résoudre de manière radicale et expéditive ce que David Chalmers, (philosophe de l'esprit qui ne partage pas l'approche matérialiste), appelle le  « difficile problème de la conscience », c'est-à-dire la correspondance inexpliquée entre le fonctionnement neuronal et les « qualia », ressentis vécus de la vie subjective. Autrement dit, la relation mystérieuse entre l'activité électrique du cerveau et le psychisme, entre le corps et l'esprit.

Ce « difficile problème » est résolu ici par l'absurde en éliminant un des termes du problème, le sujet conscient, qui ne serait qu'un produit dérivé de la matière.
Si la subjectivité et les qualia nous gênent car nous ne comprenons pas comment elles s'articulent avec la matière grise,  supprimons-les. Et laissons le sujet sombrer corps et biens, entraînant avec lui la conscience, mais aussi la pensée et, semble-t-il, l'intelligence.

En effet, si l'on suit ce raisonnement, c’est le cerveau biologique qui produirait la pensée suivante : le cerveau produit la pensée. Donc, le cerveau biologique du scientifique qui élabore cette théorie dit au scientifique :
- « Pousse-toi de là, c'est ma place »...

Ce n'est que le début de cette logique étonnante. Déroulons le fil de l'histoire.
Dire « le cerveau » pour parler d'intelligence consciente, c'est prendre la partie pour le tout. Rabattre le tout sur la partie, c'est une figure de style qui s'appelle une synecdoque. Il ne faut évidemment pas la prendre au pied de la lettre sous peine de tomber dans une totale incohérence et, comme le schizophrène dont parle le psychologue Paul Watzlawick, dévorer le menu plastifié au lieu des plats qu'il propose.

Le sujet, ce gêneur, étant éliminé, ne reste en scène que la matière : les forces physiques fondamentales, l’énergie du vide et l’activité aléatoire des particules élémentaires, la combinaison des atomes, des molécules, des gènes, des organes et finalement, l'activité du cerveau, objet le plus complexe du monde connu, promu « deus ex machina ».

La conception matérialiste et mécaniste de l'être ne dit plus, avec Descartes, « je pense, donc je suis », elle dit « il pense » comme on dirait « il pleut ». 

Cependant... Il faut bien qu'un sujet conscient élabore ce raisonnement hiérarchique qui fait dépendre la conscience du cerveau biologique. Oui, mais ce sujet conscient semble se situer hors du monde. Ectoplasme qui n’est pas impliqué dans la production de pensée, il est ailleurs, nul ne sait où, observateur détaché et objectif des contingences humaines.

En un mot, il est comme un dieu.
Or, pour le matérialisme scientifique, les dieux sont des hypothèses inutiles. 
Tout n'est que matière et lois physiques, « tout simplement ».
Et le cercle vicieux boucle sur le néant, car si la pensée et la conscience ne sont qu'illusions produites par l’activité des neurones, la pensée affirmant que le cerveau produit la pensée consciente doit être aussi, elle-même, une illusion

Fin du chapitre, fin du sujet, clôture paradoxale de la réflexion, il ne subsiste que pure absence et total non-sens.  

Tout se passe comme si ces scientifiques confrontés, comme tout un chacun, à la perspective de leur disparition -  ce scandale -  se construisaient une métaphysique de remplacement en racontant des contes de fées désespérés.

La science est-elle aujourd'hui la prêtresse d'une nouvelle religion matérialiste qui demande le sacrifice de l’humain ?

Le grand danger contemporain, ce n'est pas l'intelligence artificielle, ce ne sont pas les robots, c'est la tentation faustienne d'identifier l'homme aux robots, afin de maîtriser toute incertitude et de bannir toute inconnaissance. Loin d'être une attitude scientifique, c'est une pensée magique qui relève d'une croyance similaire à celle du petit enfant, persuadé qu'on ne peut plus le voir parce qu'il cache ses yeux derrière ses mains.

D'une manière ou d'une autre  -  de préférence en évitant le créationnisme et tous les dogmes qui détiennent LA Vérité  -  il va bien falloir finir par réintégrer la conscience et l'esprit dans l'équation humaine si nous ne voulons pas que le paradoxe réductionniste nous conduise à la démence collective et à un monde déshumanisé, trans-humanisé,  pas vraiment augmenté et singulièrement diminué...


« Le meilleur des mondes »



2 commentaires:

  1. la pensée pourrait être un processus autonome générée par un sujet conscient de soi ou pas ! cf robot contre homme au jeu de go !

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  2. Je ne sais pas, mais je crois qu'il ne faut pas confondre conscience et intellect analytique rationnel. La compétition avec un robot se place sur le plan de la computation, pour autant le robot est-il conscient ? J'en doute... et je doute qu'il existe un jour un robot qui s'appelle Shakespeare ou Dante

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