mercredi 27 avril 2016

Moi-Je...







Remue-méninges : une grave confusion sémantique et logique

Quand nous parlons à la première personne, quand nous parlons de nous, nous disons « Je » et nous disons « Moi », en pensant que les deux pronoms renvoient à la même instance, celle du sujet.
Nous disons d'ailleurs parfois « MoiJe », en un seul mot.

La plupart de nos difficultés psychologiques et identitaires proviennent de cet amalgame : « Qui suis-je ? » : « Je suis « Moi »…

Cela semble parfaitement évident mais en y regardant de près, ce ne l'est plus du tout.

En confondant « Moi » et « Je », en disant « MoiJe », en alignant sans nuances le  « Je » sur  le « Moi », nous écrasons les niveaux de la conscience réfléchie et nous nous enfermons nous-mêmes dans une infernale boucle close de logique autoréférente.

Pour sortir de cette impasse et pour prendre conscience de notre point aveugle*, il faut faire un saut de métacognition et de métalangage hors du domaine dans lequel on parle. Ce faisant, nous réussissons le tour de force du baron de Münchhausen qui s'est lui-même extrait du marécage où il s'enlisait en se tirant par ses propres cheveux et par les lacets de ses chaussures. 

 Exister, étymologiquement, signifie « se tenir hors de ».

Comment prendre conscience de l'erreur de niveau : le test du miroir
« Comme en se regardant dans un miroir.
Le reflet, c’est moi.
Je ne suis pas le reflet. »
(D'après un koan zen)

« Je » et « Moi » sont des jumeaux, qui habitent la même maison mais ne logent pas au même étage.
« Je » vois le reflet, l'inverse n'est pas vrai.
« Je » englobe, inclut et dépasse  « Moi ».

Exemples d'erreur logique :
 - « Je suis piégé(e) dans une situation sans issue ».
- « Je suis nul(le) ».

 Sortie de l'erreur logique : la métacognition
- Je ne suis pas piégé(e) dans une situation sans issue si  « Je » peux me voir piégé(e).
- Je ne peux pas être nul(le) si « Je » m'en aperçois. 

« Je » suis toujours hors de « Moi » quand je réfléchis à moi... Encore faut-il réussir la sortie de l'amalgame et envisager la situation d'un point de vue plus large que le raisonnement tautologique. Cet élargissement du champ de conscience n'est pas aussi simple qu'il semble l'être. Comme toutes les métamorphoses, il passe par une pénible phase de déconstruction des évidences qui fait évoluer et grandir le « Moi » vers « Je », véritable sujet du verbe.

Mais tant que je ne suis pas conscient(e) de mes représentations implicites, je tourne en rond dans un cercle vicieux dont « Je » suis, en fait, déjà sorti(e).


L'inconnaissance, condition de la connaissance
Qu'est donc ce « Je », toujours déjà là,  
en deçà et au-delà de « Moi », implicite ou explicite, et toujours en lien avec « Moi »  ?

Le point aveugle d'une représentation ou d'une théorie ne peut être vu qu'en surplomb, depuis l'extérieur de cette représentation. 

C« Je », extérieur au Moi mais lié à lui, ne peut pas lui-même se définir et prouver sa propre cohérence. Il ne peut prouver que la cohérence d'un point de vue de rang inférieur. Il lui faut se représenter lui-même à partir d'une méta-représentation, et encore, et encore, et ainsi de suite...

Et ainsi de suite... Des méta-représentations jusqu'au vertige, ou au déni et au retour à « MoiJe », ce cercle clos rassurant, ou à la conclusion évidente que « Je » ne sais pas ce que « Je » suis. 

C'est là l'ultime point aveugle indépassable, mur de Planck* de la pensée, celui de l'incomplétude de la conscience, celui où nous touchons à la fois à la limite - acceptée - de notre intellect rationnel et à l'ouverture de l'intelligence existentielle qui participe du flux créatif de l'être et qui échappe à la clôture logique. C'est la part de liberté phénoménologique* du sujet qui, comme l’œil, ne se voit pas elle-même
*(La phénoménologie est la « science de l’expérience de la conscience »)

Il est possible de considérer cette ouverture comme une régression à l'infini, dont on ne peut rien faire. Mais au lieu de l'envisager négativement, essayons de donner au mot infini son sens propre : in-fini. « Je » ne suis pas fini(e), ni figé(e) dans une définition, ni mesuré(e) par des tests de personnalité ou des statistiques. « Je » me développe, « Je » suis en marche. « Je » suis le sujet du verbe être et « Je » peux inventer un avenir. 

 En acceptant les limites de ma compréhension rationnelle,  
et de ne pas savoir ce que « Je » suis,  
« Je » peux savoir qui je suis et qui je peux devenir.

Ce qui est valable pour « Je », est également valable pour « Nous »...

« Je » est un autre, disait Rimbaud, après quoi, il n'a plus rien dit, car il avait tout dit.

* Voir dans l'article de Wikipédia, en lien, le paragraphe « Point aveugle dans le système des règles »


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