lundi 14 mars 2016

Disent les imbéciles...




Remue-méninges : où sont donc les imbéciles ?

J’ai lu dernièrement sur les réseaux des commentaires ou des articles sur les imbéciles. « Disent les imbéciles », qui est le titre de ce billet, est aussi le titre d'un roman de Nathalie Sarraute que j'ai beaucoup aimé et qui traite de l'identité personnelle enrichie ou abîmée par les mots des autres.

Imbéciles ? C'est un mot qui réduit et qui tue.

On ne peut pas trier les hommes comme on calibre les petits pois. En fonction de quels critères pouvons-nous traiter quelqu'un d'imbécile ? Où se trouve le mètre étalon de cette évaluation ? 

Oui, je l'entends d'ici : le QI évalue l'intelligence. 
Mais non, le QI ne mesure pas l'intelligence (dont personne ne sait vraiment ce qu'elle est), il évalue deux formes d'intelligence, l'intelligence verbale et l'intelligence logico-mathématique, celles qui permettent la réussite scolaire conventionnelle. Il y en a tellement d'autres...

J’ai rencontré et accompagné dans leur évolution personnelle et professionnelle, des milliers de personnes, de tous niveaux et de toutes catégories socio-professionnelles : depuis celles n’ayant pas fait d’études jusqu’à des centraliens ou des polytechniciens, des riches, des pauvres, des savants et des illettrés, des CSP + et des techniciens de surface, des PDG et des jardiniers...

Je ne sais pas toujours pas ce qu'est un « imbécile ».
J’ai rencontré des personnes uniques, avec des histoires de vie uniques
  • Des personnes parfois perdues car elles ne comprenaient rien au monde dans lequel nous vivons, faute d'avoir appris à chercher, analyser et critiquer l’information. 
  • Des personnes dont la culture, différente de la nôtre, était porteuse de valeurs différentes et qui ne savaient pas comment s'adapter sans se perdre. 
  • Des personnes qui s'accrochaient à une conception du monde simpliste et binaire parce qu’elle les rassurait. 
  • Des personnes très brillantes et qui avaient pourtant les plus grandes difficultés à trouver leur voie, peut-être justement parce qu’elles étaient brillantes et que nos sociétés réclament des individus normés et calibrés.
  • Des personnes enfermées dans l'enfer de conflits familiaux ou de difficultés personnelles tragiques.
  • Des personnes dont l’évolution psychologique était bloquée par des traumatismes. 
  • Des personnes qui avaient peur parce qu’elles n’avaient pas confiance en elles et qui cherchaient à le cacher derrière le masque d’une « persona » sociale arrogante. 
  • Des personnes qui n’avaient jamais bénéficié d’un regard bienveillant.
  • Des personnes qui tentaient de se défaire de leur angoisse en cherchant des boucs émissaires. 
  • Des personnes qui avaient commis des erreurs d’appréciation ou de jugement (ce qui m’est arrivé aussi, pas à vous ?…) 
  • Des personnes perverses et manipulatrices qui se vengeaient sans le savoir des sévices qu’elles avaient subis. 
  
J'ai parfois rencontré des comportements toxiques ou inacceptables
 et je ne les ai pas acceptés.
Mais je n’ai jamais rencontré d’imbéciles.
 
Enfermer les autres dans des cases fourre-tout pour avoir l'agréable illusion de maîtriser la complexité des relations, c'est une pratique rassurante car elle évite de s’impliquer et de se remettre en question

L'imbécile est dans l’œil de celui qui regarde.

Sitôt qu’on rencontre, sans idées préconçues, des personnes singulières et non des catégories commodes, 
on découvre l’extraordinaire richesse, la variété et la complexité de la nature humaine.

On découvre aussi la complexité de la sienne,
 par la même occasion... 

4 commentaires:

  1. Jolie conclusion sur laquelle j'ai envie de porter un regard discret tant elle me ramène devant mon miroir qui ne réfléchie que l'image de mon visage sans se préoccuper de ce que je reçois de cette image. Merci!

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  2. Merci pour ce beau commentaire presque taoïste...

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  3. effectivement stigmatiser les êtres en ne regardant que ce que l'on croit voir est malheureusement une erreur que nous pouvons faire. d'où une vigilance accrue, une tolérance bienvenue dont les forces (et parfois les faiblesses) sont de montrer les limites de l'ignorance ou la cruauté du fanatisme. merci pour ce texte.

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  4. Merci pour votre commentaire ! Plus nous serons nombreux à en être conscients, plus cette attitude fera tâche d'huile...


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