lundi 21 septembre 2015

L'intelligence au poids...




L'œil de la mouche : la Mal-mesure de l'homme.


Peut-on "peser" l'intelligence comme on pèse un kilo de navets ?
Stephen Jay Gould est un paléontologue américain. Il a été professeur de géologie et d’histoire des sciences à l’université Harvard, il a beaucoup œuvré à la vulgarisation de la  théorie de l’évolution et il a contribué à l’enrichir avec la théorie des "équilibres ponctués", qui est aujourd'hui adoptée par la communauté des chercheurs.

Fiche de lecture de son livre passionnant :
« La Mal-mesure de l’homme »

 « La mal-mesure de l'homme » est un flinguage en règle de ce qu'il considère comme une absurdité : l'idée, dangereuse, que l'intelligence soit une qualité biologique innée, héréditaire et quantifiable.

Mesurer l'intelligence humaine ?
Impossible, affirme-t-il. L'intelligence est un ensemble de capacités cognitives variables qui ne peuvent se réduire à un simple nombre ou coefficient. Une telle démarche n'a pas de sens, elle puise sa source dans certains courants douteux, sexistes ou racistes, dont les conséquences furent souvent tragiques. Afin de mieux dénoncer cette forme de déterminisme biologique Gould en retrace donc ici l'histoire, quitte à aller fouiller dans les poubelles de la pensée scientifique.

On le devine : le livre est passionnant, il donne toutefois parfois la nausée. Il s'attarde d'abord sur la craniométrie, cette « science » popularisée par Paul Broca ou encore Francis Galton qui voyaient dans la mesure des crânes une façon de mesurer l'intelligence humaine. Si la démarche, ayant eu des répercussions surprenantes (l'anthropologie criminelle d'un Cesare Lombroso, par exemple) est aujourd'hui grotesque et dépassée, l'idée qui en fit le cœur (mesurer l'intelligence en tant que qualité innée et héréditaire, donc) fut, elle, loin de s'éteindre. Elle alla en fait alimenter tout un autre domaine en plein essor : la psychologie.

Suit alors un réquisitoire contre les tests de QI tels que conçus par certains.
Leur histoire est d'ailleurs assez fascinante. Établis en France en 1904 par Alfred Binet, spécialement commissionné par le ministère de l’Éducation, ces tests avaient pour but principal de détecter les enfants en difficulté scolaire afin, selon leurs lacunes et besoins, de mettre en place des programmes adaptés visant a les aider à s'améliorer. Partant d'une telle vision comment en est-on arrivé à un moyen de mesurer l'intelligence comme entité innée, héréditaire et invariable ? Pour cela, bizarrement, il faut remonter à l'école eugéniste anglo-saxonne.

La psychométrie anglo-saxonne n'a en effet rien à voir avec Binet, même si elle en détourne les travaux. Elle est en fait l’héritière de Charles Spearman pour qui l'ensemble des capacités cognitives peuvent se réduire à une seule entité, ce qu'il appelle le facteur g. De Paul Broca à Arthur Jensen en passant par Cyril Burt, Gould retrace l'histoire des batteries de tests mises en place pour tenter de mesurer ce fameux facteur g. Il montre que ces tests, au mieux contestables, au pire clairement frauduleux (Cyril Burt) auront des répercussions pourtant considérables - politiques d'immigration, éducation, campagnes de stérilisation (…)
 
Partant d'une vision pour lui fallacieuse de l'intelligence, Stephen Jay Gould revient sur tout un pan de l'histoire de l'eugénisme tout en dénonçant l'une de ses bêtes noires : une vue trop réductrice de la nature humaine. Gould, décidément, a un style inimitable ».
« La Mal-mesure de l’Homme ». Stephen Jay Gould. Poche.
.....


A l'heure où le QI sert d'étalon de "normalité" et d'instrument de sélection si peu naturelle, où même notre manière de voter serait, parait-il, déterminée biologiquement dès la naissance et où il est question de breveter et de commercialiser notre génome, il est très salutaire d'écouter des voix comme celle de Stephen Jay Gould.

Les tests de QI reflètent assurément la conception de l'homme et la forme d'intelligence 
de ceux qui les conçoivent. 

Pour qui possède un marteau, tous les problèmes sont des clous.
(A.Maslow)


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