lundi 8 juin 2015

Humanité et agressivité



Remue-méninges : sommes-nous des singes « tueurs » ?

En gros titres dans toute la presse en cette fin de mois de mai : "Le plus vieux meurtre du monde". Des archéologues qui fouillent le site d’Atapuerca, en Espagne, site très ancien (vers moins 500.000 ans), ont exhumé le crâne d'un prédécesseur de Sapiens qui porte les marques de plusieurs  coups violents, assénés avec un instrument contondant. Ce serait la marque d’un acte délibéré et agressif, ayant entraîné la mort. Un meurtre donc.

Arrêtons-nous un instant sur cette information. Elle n’est pas anodine car elle véhicule, consciemment ou non, une idéologie : si nous sommes une espèce meurtrière, c’est que la violence est inscrite dans nos gènes, tout autant que la couleur de nos yeux, notre taille ou notre poids.  Nous n’y pouvons rien, c'est fatal, c’est ainsi que nous sommes faits.

L’agressivité serait donc consubstantielle à la nature humaine et les plus agressifs des humains seraient les gagnants à la loterie de la sélection naturelle qui élimine les faibles. Cette idéologie, faussement fondée sur des faits de nature biologique et déterministe, justifie toutes les violences, toutes les inégalités, toutes les dérives de l’eugénisme,  du malthusianisme, bref, de la loi du plus fort. L’homme est un loup pour l’homme, il existe depuis la nuit des temps des dominants et des dominés, inutile de se vautrer dans la guimauve des bons sentiments et des discours "bisounours"…

C’est faire très bon marché d’une autre tendance qui est au moins aussi puissante dans notre évolution : l’entraide, l'échange, la solidarité et la coopération. Si les premiers hommes à l’aube des temps humains, avaient été incapables d’empathie, s’ils n’avaient pas "inventé" le langage qui permet de partager des sentiments et des informations vitales,  s'ils ne s'étaient pas réunis autour du feu pour se raconter le monde, s’ils n’avaient pas pu subvenir aux besoins des plus faibles, s’ils n’avaient pas coopéré pour la chasse et le partage de nourriture ou pour prendre soin des enfants, s'ils n'avaient pas posé d'interdits, nous ne serions pas, aujourd’hui, réunis en colloques savants pour en parler car nous nous serions nous-mêmes rayés de la carte des vivants.

Nous gagnerions beaucoup à comprendre et à diffuser le sens des découvertes des paléoanthropologues, si nous ne voulons pas nous retrouver dans un cul-de-sac de l'évolution.

"En ces temps si reculés, où il fut souvent dépeint comme une brute épaisse, il arrivait pourtant que l'homme prenne soin d'un handicapé. J'ai étudié le crâne émouvant, trouvé à Salé, au Maroc, et daté d'environ 400.000 ans, d'une jeune femme atteinte d'un handicap grave, un torticolis congénital. Née avec une paralysie partielle du cou et la tête fortement inclinée, son apparence physique était très affectée. 

Ce handicap est souvent associé aujourd'hui à d'autres malformations et il est possible qu'elle ait été incapable d'accomplir certaines des tâches des autres membres du groupe. Que ce soit par compassion ou parce que toute vie était précieuse pour les bandes peu nombreuses, il a fallu que ses congénères prennent soin d'elle pour qu'elle atteigne l'âge adulte. On connait aussi le cas de deux jeunes adultes, l'un sourd, l'autre atteint d'inflammation osseuse, trouvés dans le très riche gisement d'Atapuerca, en Espagne, daté de 500.000 ans.

La survie de ces êtres handicapés souligne le prix accordé à la vie humaine, suggère l'existence de liens affectifs et indique peut-être qu'un certain partage des tâches régnait au sein des groupes, un ensemble de comportements qui renforçait la cohésion et l'efficacité des communautés humaines."

Jean-Jacques Hublin. Bernard Seytre. "Quand d'autres hommes peuplaient la terre". Flammarion.

A l’heure où un terrible bras de fer s’installe entre les peuples et une poignée de chantres de l’inégalité (emplois à deux vitesses, Europe à deux vitesses, pays riches et misère affreuse, nantis d’un côté et piétaille exploitable de l’autre) il est urgent de combattre cette idéologie pernicieuse et de lire, par exemple, ce que Jean-Marie Pelt nous dit à ce sujet. 
"La solidarité chez les plantes, les animaux, les humains."
"L'agressivité chez les plantes, les animaux, les humains."
Jean-Marie Pelt. Poche.

Dans la nature, des plantes à l’Homme, la coopération est au moins aussi prégnante que la compétition. 

Il nous faut tarer les plateaux de la balance.
Vite...

1 commentaire:

  1. Merci pour l'article.
    Il y a des milliers de raisons pour qu'à l'autre bout de "l'instrument contondant" il y ait eu autre chose qu'un humain.
    On ne peut nier les guerres incessantes, de même qu'on ne peut nier la coopération et l'empathie des humains entre eux, parfois même au coeur des pires conflits. La prudence voudrait que l'on ne tire pas trop vite des conclusions de ces découvertes.

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