mardi 26 mai 2015

Comment le langage est-il apparu ?



Remue-méninges : pensée et langage.

En lisant le passionnant ouvrage du linguiste Derek Bickerton « La langue d’Adam », que je vous recommande pour sa richesse, sa clarté et l’agrément de sa lecture, je me suis posé une question : « Que se passe-t-il quand je pense ? »

Penser va de soi. Et pourtant, quel mystère !

Donc, « Que se passe-t-il quand je pense ? » 
Je me suis aperçue que, dans un tout premier temps, en fait, je ne pense pas. Je perçois la globalité d’une situation, d'une personne, d’une idée, d’un problème, comme une sorte de nuage de points flous qui ensuite se précisent et s’agencent en se combinant en catégories de blocs signifiants. Puis, d’hypothèses en déductions, les blocs s'articulent entre eux, s'associent, se dissocient, se hiérarchisent, se relient en syntagmes et en expression raisonnée. Tout le processus est très rapide mais c'est clair, je pense d’abord en formes et en images, en "patterns", avant même de traduire ces représentations en mots et en phrases … Serait-ce ainsi que le langage est né ?

Derek Bickerton est parti à la recherche de l’origine du langage. Peu convaincu par Noam Chomsky, le pape de la linguistique, qui professe que le langage est le fruit d’une mutation et qu’il a émergé d’emblée, tout constitué, à partir d’une structure innée de grammaire "générative", Bickerton s’est lancé dans une étude très bien argumentée qui démontre et illustre l’apparition d’un protolangage chez les premiers Sapiens. Sa démonstration s'appuie sur le rôle des signaux de communication animale, sur celui de  la construction de niches environnementales que l'homme modifie et qui le modifient en retour. Elle est étayée par l’analyse des langues créoles qui naissent lorsqu’un individu ne parle pas du tout la langue du pays où il est appelé à vivre et dans lequel sa propre langue est inconnue. Pour exprimer ce qu'il a en tête, il enfile et juxtapose des mots de ce pays d'adoption, comme on enfile des perles, sans faire intervenir d’articulations ni de récursivité. Ce qui est étonnant, c’est que la deuxième génération d'immigrés "invente", à partir de ce pidgin, une syntaxe inédite parfaitement élaborée, riche et construite. Une nouvelle langue est née. Est-ce donc ainsi que les langues naissent ?

Je suppose que ma manière de procéder est liée à ma façon  d’appréhender le monde. Pour moi, la perception est première. D'autres s’y prennent autrement. Par exemple, quand je discute avec un informaticien, je constate qu’il procède logiquement et analytiquement de la façon inductive suivante : A+B = AB. AB+C = ABC etc. jusqu’à ce qu’il parvienne progressivement à l’ensemble (du particulier au général), alors que je fais d'abord le contraire (du général au particulier).

Demandons-nous pourquoi des malentendus s'installent !


Demandons-nous aussi pourquoi certains élèves décrochent, s'ennuient et refusent nos méthodes d'enseignement.

Blocages 
Il m'est arrivé, très jeune, d'être reléguée, par un enseignant borné, dans la "rangée des ânes" -  alors que je savais écrire sans fautes - parce que j'étais totalement fermée aux problèmes de baignoires et de robinets auxquels je ne trouvais aucun sens. 

J'ai failli le croire...

Il n'y a pas très longtemps que je connais toutes les tables du multiplication et j'ai réussi, jadis, à avoir mon Bac au prix d'un grand écart, avec 18/20 en philosophie, en langues et en histoire et zéro pointé en maths. Par miracle, cette année là, le zéro n'était pas éliminatoire...
 J'ai suivi ensuite facilement et avec succès des études de lettres qui, d'ailleurs, font également appel à la logique mais je suis restée allergique aux maths et je le regrette.

Sensibiliser les élèves à l’existence de modes de raisonnement différents (déductif, hypothético-déductif, inductif, analogique...) en tenant compte des préférences cérébrales et des formes d'intelligence de chacun, sans jugements de valeur, éviterait peut-être bien des découragements et des abandons…

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