lundi 19 janvier 2015

Gloubi-boulga...




Remue-méninges : une soupe conceptuelle

Si nous souhaitons garder la tête froide et éviter une escalade de violences, il va devenir urgent de peser soigneusement ce que nous faisons quand nous manions des concepts, afin de ne pas transformer notre réflexion en bouillie pour les chats.

J’ai noté avec effarement la déclaration d’une ex responsable politique très diplômée, que je ne nommerai pas, qui dit : "On a le droit d’être agnostique, la liberté c'est aussi de ne pas croire".  Elle ajoute, si on en croit la presse, qu’il faut cesser de discuter avec les représentants des religions "qui ne sont pas des maîtres à penser"… Hop ! La culture et le dialogue au panier, avec une bonne moitié de l'humanité.

Pour rester bienveillants, nous supposerons qu’un raz-de-marée émotionnel a submergé ses capacités corticales et son sens des responsabilités. Peut mieux faire, réflexion superficielle...

Examinons le raisonnement, si raisonnement il y a.
"La liberté, c'est aussi de pas croire"
Ne pas croire, c'est être athée. (Athéisme, étymologiquement = A privatif + theos, Dieu). L’athée, qui en a certes le droit en fonction de la liberté de conscience, part du postulat que "Dieu n’existe pas", exactement comme les croyants qui posent le postulat inverse. Mais les uns et les autres adhèrent bien à une croyance car la preuve de l'existence ou de la non-existence de Dieu n'a jamais été faite et ne le sera jamais. La foi ou son absence ne relèvent pas du registre de la science, ni de celui de la rationalité.

"Être agnostique"
Si l'athée ne croit pas, l'agnostique, lui, ne nie pas l’existence d’un créateur. Il ne se prononce pas, il n'est ni croyant ni incroyant, il ne sait pas. (Agnosticisme, étymologiquement = A privatif + gnose, savoir). Ne pas savoir, ne pas être certain de détenir la Vérité universelle,  c'est un préalable indispensable à tout dialogue. 

"Ne pas discuter avec les représentants des religions, qui ne sont pas des maîtres à penser"
Donc cette dame, très diplômée, qui refuse le dialogue avec les religions, ne connait pas le sens des mots qu’elle emploie et nous gratifie d'un gloubi-boulga mental en confondant allègrement athéisme et agnosticisme. Elle frappe d'anathème les autres croyances que la sienne. Elle se comporte ainsi comme certains de ceux qu'elle dénonce, dans une surenchère de rivalité mimétique. Est-ce penser ? 

La liberté, la laïcité, et le droit
La laïcité est un principe qui a été payé au prix fort : inquisition, guerres de religion, révolutions, déportations et exterminations, au nom des croyances et des idéologies. Raison de plus pour être très vigilants sur le sens des mots que nous employons. 
Laïcité ne signifie pas athéisme. Soulignons la différence fondamentale qui existe entre les croyances et opinions personnelles, quelles qu'elles soient, et la laïcité.
L’État laïque n'autorise pas d'influence du religieux sur les institutions. Ce principe est inscrit dans la loi qui régit en droits et en devoirs la vie de notre communauté nationale. Il s'exerce dans le respect de tous les cultes, à condition qu'ils ne portent atteinte ni à l'intégrité des personnes, ni à la sécurité. Et ce, depuis la séparation de l’Église et de l’État (1905) qui ne signifie, en aucune façon, absence de dialogue sur la manière de vivre ensemble et de concilier croyances et respect des lois. 


Il existe des Ignace de Loyola de l’athéisme dont le prosélytisme est aussi violent que celui des intolérances religieuses.

Les champs de confusion conceptuelle à désherber foisonnent. 
Ne confondons pas :
Athéisme et laïcité
Mais aussi :
Liberté et irresponsabilité
Connotation et dénotation
Spiritualité et dogmes
Égalité et indifférenciation
Appartenance et sujétion
Espace privé et espace public

 Il y a là matière à penser pour les jours de disette.

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