lundi 15 septembre 2014

Les prisons affectives



L’œil de la mouche : le mécanisme terrible de l'emprise. 
 
On parle beaucoup de harcèlement moral et de perversion narcissique. A l'origine de ce type de relation pathologique, il faudrait surtout pointer la relation d'emprise : le manipulateur est d'abord une personne qui a besoin de tenir son entourage sous sa griffe, ce qui le sécurise en lui donnant une illusion de maîtrise et lui évite la confrontation avec son vide intérieur, générateur d'une angoisse insupportable.

Et pour y parvenir, sa stratégie est finalement assez simple, il lui suffit de choisir soigneusement sa victime, de la séduire et de la fasciner en la valorisant, puis une fois la victime assujettie, de l'anéantir en la dévalorisant...

Dans la relation d’emprise, la victime subit l’impact pernicieux de la machine à décerveler du Père UBU : elle ne sait plus ce qui est vrai ou faux, bon pour elle ou toxique, elle obéit à des injonctions contradictoires qui lui font perdre la tête et qui la disqualifient en permanence. Et plus elle est généreuse, sensible et empathique, plus l’emprise risque d'être forte. Ce sont justement ces aptitudes à comprendre l’autre (le prendre en soi) qui peuvent ouvrir la porte à la manipulation, si elles ne sont pas accompagnées d'une solide estime de soi.

Quelques injonctions paradoxales implicites à décrypter pour sortir de prison :
  • "J’attends de toi que tu te comportes spontanément en accord avec mes standards et en conformité avec mon attente de ce que tu dois être". (Déni de l'altérité.)
  • "Je te tiens les rênes courtes pour que tu restes dans les clous et je te surveille sans cesse pour que tu ne commettes pas de faute lourde par rapport au comportement que je désire". (Pour être aimé, tu dois renoncer à être toi et devenir une prothèse de mon égo.)
  • "Je te manipule et je t’instrumentalise pour que tu agisses en adéquation avec mes besoins. Je te sanctionne en te culpabilisant lorsque tu tentes d'échapper à mon emprise". (La seule norme valable, c'est la mienne.)
  • "Si tu refuses d'obtempérer, j’applique le principe du bouc émissaire : je fais alliance avec un (ou une) autre pour te marginaliser et j'applique la politique du tiers exclu". (Je t'accuse, tu me déçois, je te condamne au bannissement.)
  • "Si tu acceptes et que tu essaies de me satisfaire, je te fais remarquer que tu es loin de la perfection attendue. Mon idéal est très élevé, mes critères sont très exigeants et ils sont aussi variables et imprévisibles que les giboulées de mars". (Quoi que tu fasses, tu ne correspondras jamais à ce que j’attends. Quoi que tu fasses, tu es en faute.)

Pour aller plus loin.

"Comment rendre l'autre fou" ?
Harold Searles. Folio essais.


Que faire pour sortir du piège ?

Une règle d'or : comprendre l'autre ne signifie pas tout accepter.

En revanche, comprendre le jeu, c'est se mettre "hors jeu", sortir du jeu, ne plus réagir mais agir autrement... 
Par exemple, rester centré sur les faits et utiliser systématiquement
  la tactique de l'édredon.

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