lundi 22 septembre 2014

De l'utilité de l'insolence...



Remue-méninges : savoirs, certitudes, incertitudes.

Chaque époque, chaque civilisation repose sur un paradigme dominant, représentation et grille de lecture du monde.

Le paradigme qui caractérise notre XXIème siècle est celui de la Science, présentée comme la baguette magique et la clef du progrès, point Oméga de notre évolution. Clef qui ouvrira la porte de lendemains enchantés.

La Science SAIT.
Si elle ne sait pas encore, elle est inscrite dans une courbe asymptotique qui aboutira à la parousie des scientifiques : la maîtrise complète du savoir. Tant pis si chaque découverte soulève de nouvelles questions, un jour émergera certainement une histoire complète du "Tout"...

Il faut être bien conscient qu’il s’agit là d’une idéologie et que, comme toutes les idéologies, elle peut être discutée. Si elle n'était pas réfutable, ce serait un dogme qui pourrait conduire, à l’instar de certains dogmes religieux ou politiques, à tous les totalitarismes et à toutes les violences potentielles imposées au nom de la Vérité, fût-elle scientifique. 

Soyons insolents, irrévérents, remettons en question les idées reçues.
Que savons-nous au juste ?
  • Nous ne savons pas ce qu’est l’univers, ni d’où il vient, ni où il va. 
  • Nous ne savons pas, en définitive, ce qu’est la matière.
  • Nous ne savons pas, non plus, ce qu’est l’énergie.
  • Nous ne savons pas pourquoi ni comment la vie est apparue. 
  • Nous ne savons d’ailleurs pas ce qu’est la vie, ni pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien.
  • Nous ne connaissons pas nos origines et nous ignorons comment a émergé cette forme du vivant qu’est un humain. 
  • Nous ne savons pas ce que sont le psychisme, la pensée, la conscience, les sentiments et comment le langage, les symboles et l'art sont advenus...
En somme, si nous savons à peu près comment fonctionne le monde macrophysique dans lequel nous évoluons, si nous pouvons, dans une certaine mesure, agir sur lui, nos savoirs sont des îlots de connaissances perdus dans un océan d’incertitude et d’inconnaissance.

Et si c'est le cas pour les sciences dites exactes, c'est encore plus vrai pour les sciences humaines et sociales.

Sur certains de ces îlots de savoirs, pourtant, trônent  avec suffisance quelques réducteurs de tête qui ont la prétention d'expliquer l'Humain en l'objectivant et en se positionnant hors champ, en observateurs non impliqués. 

Nul doute que cette attitude d'analyse et d'approche expérimentale ait apporté, depuis Aristote, de grandes améliorations à nos conditions de vie matérielle, durée de vie comprise. Mais si les sciences "dures" ont réussi à mieux comprendre le monde en le mettant à distance, en s'écartant de la pensée magique et en validant expérimentalement des hypothèses, les sciences humaines ne peuvent pas répondre aux mêmes critères d'objectivité. 

Elles sont d'abord, en effet, sciences du dialogue, de la relation et de l'intersubjectivité : un sujet écoute et parle à d'autres sujets. Il ne peut pas observer autrui objectivement quand bien même il respecterait la plus grande rigueur axiologique, car il est toujours partie prenante et participant de l'interaction. La tentation faustienne de réduire l'humain à une équation sans faille et à des modèles épurés, calibrés et prédictibles, confine aux totalitarismes mentionnés plus haut, avec toutes les dérives que l'on peut craindre et, hélas, constater. L'Homme risque de ne plus être sujet de sa vie mais d'être assimilé à un objet, quantifiable, mesurable, utilisable, manipulable, remplaçable et jetable...

« Je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien » 
disait Socrate.

Il est vital de battre en brèche, par le doute socratique, les certitudes hégémoniques et le pouvoir qu’elles donnent. 
Remercions Socrate de son insolence, œuvre de salubrité publique.
 Il  l’a payée de sa vie.

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