lundi 7 avril 2014

intelligence = QI ?



L’œil de la mouche : une révolution dans l'appréciation de l'intelligence.

Les travaux d'Howard Gardner, psychologue du développement, sont reconnus dans les pays anglo-saxons mais encore assez méconnus en France.

Laissons-lui la parole :
"Je voudrais prendre parti contre un consensus établi et j’affirme que l’approche psychométrique de l’intelligence est aujourd’hui obsolète. L’essentiel de ce que nous avons appris au cours du siècle dernier en biologie, en psychologie et en anthropologie contredit directement les conclusions de l’approche traditionnelle.

La biologie nous dit qu’il reste impossible de dissocier les facteurs génétiques des facteurs liés à l’environnement dès qu’il s’agit d’êtres humains, car nous ne pouvons tout simplement pas effectuer d’expériences  décisives. En fait, le milieu influe sur l’expression des gènes dès le moment de la conception. (Voir les recherches récentes en épigénétique. NDLR)

La psychologie nous apprend que les hommes possèdent plusieurs facultés distinctes, remarquablement indépendantes les unes des autres. Tout effort pour démontrer l’existence d’une intelligence unique se heurte à de nombreux problèmes de mesure. Même ces mesures de l'intelligence que l’on dit pures ne peuvent s’affranchir de la contamination par les pratiques culturelles et par le contexte général de l’individu.

L’anthropologie nous apprend que d’autres cultures, comme celle du Japon par exemple, ont une conception bien différente de l’acquisition des connaissances et de la motivation humaine. Or le succès des politiques éducatives dans ces pays  ne s’expliquerait pas si l’on s’en tenait à l’hypothèse d’un "intellect immuable", chère à la plupart des psychomotriciens. Comment rendre compte alors de l’avance considérable des jeunes asiatiques sur les jeunes américains au moment d’entrer dans le secondaire, alors qu’ils avaient un niveau comparable au début de leur scolarisation ?

Comme je cherchais une nouvelle manière d’aborder ce problème, j’ai mis au point la théorie des "intelligences multiples", il y a environ quinze ans. Cette dernière se fonde sur une synthèse des différentes informations dont nous disposons au sujet des êtres humains, parmi lesquelles on pourra citer notre connaissance du processus de développement du cerveau, les résultats d’enquêtes portant sur des populations spécifiques (tels que les autistes ou les prodiges), ainsi que l’identification des aptitudes et des talents que valorisent des cultures très différentes de la nôtre, y compris celles qui ne pratiquent pas la scolarisation ou ne la valorisent pas.

La convergence d’un certain nombre de résultats me conduisit à proposer l’hypothèse suivante : l’évolution de l’espèce humaine a abouti à la mise en œuvre de sept formes distinctes d’intelligence, que je définis comme la faculté de résoudre des problèmes ou d’inventer des produits valorisés dans au moins une ère culturelle ou une communauté.

Ma liste initiale comprenait les intelligences linguistiques et logiques (valorisées par l’institution scolaire et tout particulièrement lors des examens), l’intelligence spatiale (soit la faculté d’appréhender des espaces vastes et/ou des dispositions spatiales localisées) l’intelligence musicale (la faculté de percevoir et de créer des structures sonores) l’intelligence corporelle kinesthésique (le fait d’utiliser son corps, soit partiellement, soit dans sa totalité, pour résoudre des problèmes ou inventer des produits), ainsi que deux formes d’intelligence liées aux personnes, tournées l’une vers la compréhension  d’autrui et l’autre vers la compréhension de soi. J’ai récemment décidé d’y joindre une huitième forme d’intelligence, la compréhension du monde naturel, à l’œuvre, par exemple chez les chasseurs émérites ou bien les botanistes.
(Howard Garder explore actuellement, une forme d'intelligence supplémentaire, l'intelligence existentielle. NDLR.)

Nous avons tous plus ou moins à notre disposition la panoplie complète des intelligences, mais nous différons les uns des autres par la répartition singulière, propre à chacun, de nos points forts et de nos faiblesses. Ces différences sont précisément ce qui fait le sel de la vie, mais elles compliquent considérablement la tâche de l’école. Si nous sommes dotés de facultés différentes, un enseignement conçu comme si ces différences n’étaient que de simples variations de degré est tout simplement inadéquat. 
(...)
Les tests de QI repèrent et isolent deux formes d’intelligence bien précises (les intelligences linguistique et logique. NDLR), valorisées par notre culture."
Howard Gardner. Les personnalités exceptionnelles, Mozart, Freud, Gandhi et les autres. Odile Jacob.

En conclusion, le commentaire d'un expert :
"Récemment on me demandait s'il était possible de mesurer l'intelligence. Pourquoi, ai-je répondu? En effet, pourquoi vouloir mesurer ce qu'on connait si mal ? Pourquoi vouloir mesurer des capacités qui évoluent tout au long de la vie d'une personne ? Pourquoi vouloir mesurer ce qu'on sait différent d'une personne à l'autre ? 

Notre société veut tout quantifier, mesurer.
Mais pourquoi ? Suis-je plus intelligent parce-que je réalise mon potentiel ? Tout ce que cela veut dire, c'est que j'ai bénéficié de conditions favorables à son développement, qui, soit dit en passant, demeure encore en friche dans plusieurs champs." (Jacques Belleau. Directeur adjoint des études. Cegep de Lévis-Lauzon)

Les tests de QI, notre outil de sélection privilégié tout au long de la vie scolaire et professionnelle, sont des tamis d'orpaillage qui ne permettent qu'un tri grossier et nous privent de nombreuses pépites...

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