lundi 24 mars 2014

La grande peur du recruteur



Remue-méninges : les recruteurs ont-ils peur des candidats ?

Mais oui. Cette peur saute aux yeux. Les procédures de recrutement, tombées dans une cuve de béton depuis plus de vingt ans, sont construites pour éliminer toute "mauvaise" surprise : critères rigides de CV, multiplication des entretiens, tests de personnalité, questions piégées, la méfiance règne. Le candidat est souvent, a priori, un ennemi, un tricheur potentiel qui cherche à filouter le recruteur.

De nombreuses parutions, papier ou en ligne, donnent des conseils aux candidats pour "rassurer" les cabinets de recrutement, les RH ou les opérationnels. Vous avez bien lu. "Pour les rassurer"...

Quelques exemples de conseils
  • Comment rédiger un CV standard mais sortir du lot tout en restant conventionnel, magnifique double contrainte.
  • Comment utiliser les bons mots clés, qui seront repérés par un robot afin que le recrutement soit définitivement débarrassé du facteur humain, ce trublion.
  • Comment se préparer à des entretiens qui ressemblent à un parcours du combattant pour intégrer la Légion étrangère.
  • Comment s'entraîner aux tests de personnalité (préparation doublée de l'injonction paradoxale "soyez spontané"). 
  • Comment répondre docilement aux demandes parfois ahurissantes qui peuvent leur être adressées et qui ne démontrent rien, en dehors de la créativité échevelée et débridée de certains recruteurs et/ou d’un brin de sadisme, si j’en juge par des questions qui me sont rapportées.
Objectivement, cette peur est irrationnelle car les chargés de recrutement
  • Sont en situation de monopole.
  • Ont l’embarras du choix. Il existe environ quatre millions de candidats disponibles, plus ceux qui sont en poste et qui pourraient changer d’entreprise, ce qui ouvre un large éventail de possibilités.

La période d’essai est faite pour tester les candidats et remédier aux éventuelles erreurs. La prise de risque n'est donc pas bien grande. Une fois le choix fait sur des critères fonctionnels clairs et le candidat au travail, il est tout à fait possible, en peu de temps, de valider le bien-fondé d’un recrutement et de ne pas le reconduire s’il y a eu maldonne. Il suffit d'observer le comportement du salarié. Point n'est besoin, auparavant, de verser dans un fantasme psychologisant et de vouloir éclairer a giorno l'inconscient du candidat.

De quoi les recruteurs ont-ils peur ? Qu’est-ce qui peut bien générer de pareilles crispations ? 
Cette méfiance qui relève du soupçon systématique pourrait bien être le signe d’un manque de confiance en soi de la part de certains chargés du recrutement. Serait-il lié à un manque de professionnalisme ?  Je suis étonnée par le nombre d’offres d’emploi qui n’ont pas défini correctement les besoins en amont de l'annonce, qui sont très floues sur les attentes de l’entreprise et qui partent à la pêche au chalut (ramener dans ses filets des tonnes de sardines pour ne garder que celles qui ont la taille réglementaire).

Le recrutement n'est pas mon métier. Mon métier implique de réfléchir sur les métiers, les acteurs de la chaîne de l'emploi et de bien les connaître.

Définition de fonction
Le traitement d’une candidature est un exercice qui demande une parfaite maîtrise du recrutement et qui ne se résume pas à l'application de procédures : cahier des charges bien renseigné et définition précise des attentes, connaissances en psychologie du travail et en communication, intuition, respect des personnes, connaissance approfondie du métier, de la fonction, du poste à pourvoir, de la culture et du projet d'entreprise, pratique rodée de l’entretien d’exploration, veille prospective de l’évolution socioéconomique et, dans l'idéal, G.P.E.C. (Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences).

A l'heure où les entreprises commencent à prendre conscience de l'intérêt des profils atypiques, il serait largement temps de renouveler les méthodes de recrutement, de dépoussiérer la cave et le grenier, d’ouvrir les fenêtres, de faire entrer un peu d’air frais dans les pratiques et de sortir du XIXème siècle, bref, de penser autrement...

Et, pour sourire un peu
La Fontaine 

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