lundi 9 septembre 2013

Qu'est-ce qu'une compétence clé ?





Remue-méninges : du rififi en pédagogie.

Le parlement européen a préconisé l’établissement d’un "socle commun de connaissances, de compétences et de culture", adoptable par tous les pays de la zone Europe. 

Hélas pour l'entente cordiale, les sénateurs français, après sept ans de réflexion, viennent d’émettre des objections en refusant d'inscrire la notion "apprendre à apprendre" au rang des compétences clés pour l'éducation.

Arguties et discussions byzantines sur cette notion : est-ce une compétence clé ou non ?

Il est très instructif de se pencher sur la liste des compétences identifiées par le parlement européen. Le cadre de réflexion définit huit compétences clés et veut décrire les connaissances, aptitudes et attitudes essentielles qui sont attachées à chacune d'elles. 

Les compétences clés proposées sont les suivantes :
  • La communication dans la langue maternelle.
  • La communication en langues étrangères.
  • La compétence mathématique et les compétences de base en sciences et technologies.
  • La compétence numérique.
  • Apprendre à apprendre.
  • Les compétences sociales et civiques.
  • L'esprit d'initiative et d'entreprise.
  • La sensibilité et l'expression culturelles.
Recommandation 2006/962/CE du Parlement européen et du Conseil, du 18 décembre 2006, sur les compétences clés pour l'éducation et la formation tout au long de la vie [Journal officiel L 394 du 30.12.2006].

Il faudrait d’urgence ôter ce problème des mains des experts européens : ils ont entassé, pêle-mêle, dans une grande valise, des notions complètement hétéroclites. Il n’y manque que des ratons laveurs.

Dans cet inventaire à la Prévert, tous les aspects des compétences décrites sont allègrement confondus et les niveaux de réflexion amalgamés. Cette liste ne définit pas, comme annoncé, des compétences transversales. C’est un melting-pot indifférencié - et sans hiérarchie - d’aptitudes personnelles, de capacités cognitives, de savoirs, de compétences de base, de compétences opérationnelles, d'attitudes et de comportements, de valeurs...

Rien d’étonnant donc si la difficulté qui surgit pour faire adopter les recommandations du parlement européen soit celle de la mesure et de l’évaluation des compétences visées par les projets pédagogiques, atteintes par les apprenants et attendues par les recruteurs. 

Comment en effet, identifier, transmettre et évaluer la capacité "d’apprendre à apprendre", "l’esprit d’initiative et d’entreprise", "la sensibilité culturelle" autrement que de manière subjective, teintée de jugement de valeur ?

Aujourd'hui, dans une logique qui en est restée à celle des "Temps modernes" de Chaplin, les individus sont recrutés, jaugés, promus, sur leur expérience, leurs compétences immédiatement opérationnelles ou sur un diplôme censé garantir leurs compétences.

Faute d'une modélisation dynamique partagée du concept de compétence, ils ne le sont  jamais, sinon au doigt mouillé, sur leur capacité d'évolution ou sur le potentiel mobilisable et agile dont les entreprises auraient pourtant le plus grand besoin et qu'elles ne savent pas identifier.

Ce n'est pas la préconisation du parlement européen qui améliorera les choses...

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