lundi 26 août 2013

Les bienfaits de l'esprit critique


Remue-méninges : vous avez dit neuromarketing ?

Retour de vacances après un mois de jeune numérique et reprise de contact avec la presse en ligne.

Brutale, la reprise de contact. Choc violent. Assommoir : un abîme de crimes, viols, attentats, agressions, hécatombes, crises économiques, catastrophes annoncées, corruptions, mensonges, turpitudes et vulgarités en tous genres…

« Dieu est mort, Marx est mort et moi-même, je ne me sens pas très bien », dit Woody Allen. 
Moi non plus. 
Et vous ?

Mais, au fait, le monde dans lequel nous vivons, celui où vont vivre nos enfants, est-il vraiment si abominable ?
Le quotidien et l'horizon de nos ancêtres n'étaient pas très riants, tout bien considéré : que ressentaient ceux qui vivaient du temps de la peste noire, des guerres napoléoniennes, des camps d'extermination, des famines ? Étaient-ils optimistes ? Pouvaient-ils imaginer l’invention des vaccins, les miracles de la chirurgie, l’abondance de nourriture, les droits de l’homme, le confort quotidien que nous connaissons aujourd’hui, même s’il y a encore beaucoup à faire pour que sept milliards d’individus puissent accéder au minimum vital ?
D’où viennent ce catastrophisme et ce parti-pris mortifère ? Pourquoi n’y a-t-il jamais de bonnes nouvelles à la une des journaux d’information ? Pourquoi l’accent est-il mis, tous les jours, sur une surenchère d’horreurs ? Cassandre est à l’œuvre. A force d'invoquer la fin du monde, elle va bien finir par la provoquer...

Il y a sans doute à cela, dit-on, une très bonne raison. 
La presse va mal. Les recettes sont en baisse. Il faut absolument redresser les comptes et rentabiliser les investissements des actionnaires, à court terme. 
Il parait que les lecteurs veulent du "trash", du "people" et des sensations fortes. Donnons-leur donc de la tragédie et des commérages d’alcôves. Le drame et le scandale sont vendeurs.
C'est un peu l'équivalent de la catharsis des Grecs anciens, qui faisait office de purge émotionnelle. Après avoir participé au spectacle d'un bien beau drame, tout un chacun pouvait retourner tranquillement à ses petites affaires, en se félicitant d'être indemne.
Mais la représentation du tragique dans le théâtre grec était épisodique, distribuée de manière homéopathique, ritualisée, et non pas assénée quotidiennement, comme aujourd'hui, à grands coups de marteaux.

Les lecteurs veulent-ils vraiment ces informations ? Je n’en crois rien. 
Ils veulent certainement pouvoir imaginer des lendemains qui chantent autre chose que des requiem.
Il doit donc y avoir une autre raison à cette avalanche de pessimisme...

Hypothèse :
Vous avez du remarquer l’omniprésence des pop-up, des bannières de publicité imposées qui font intrusion de plus en plus souvent sur les pages Internet que vous êtes en train de lire. La dernière invention est très astucieuse : vous ne pouvez pas les fermer, vous devez attendre que les spots s'effacent d'eux-mêmes. Pendant ce temps, que vous le vouliez ou non, ils s'impriment dans vos rétines.

Un lien s'établit tout naturellement entre ces informations angoissantes et ces pages de publicité qui envahissent notre champ de conscience.
Le sensationnel sanglant, les faits divers terribles qui heurtent nos méninges avec la force d’un TGV à pleine vitesse, génèrent peurs, pertes de repères, vision anxiogène d’un monde pétri de dangers face auxquels nous restons impuissants.

La réaction "normale" d’un individu "normal" est une réaction instinctive, biologique, de défense  : compenser le stress et rétablir l'homéostasie en mettant du plaisir dans sa vie. Les publicités nous proposent d'acquérir des paradis artificiels faciles et font appel à une réaction de compensation primaire : remplir le vide de sens - le non-sens - avec des objets fétiches, restaurateurs de narcissisme. Posséder le monde, c'est un peu le maîtriser...

Après l'effet nocébo, l'effet placébo. Mais les pilules sont amères...

Et si le présent et l'avenir n’étaient pas aussi catastrophiques qu’on veut bien nous le faire croire ? Et si le choix éditorial exclusif de sang et de larmes était délibéré, afin de doper les recettes publicitaires ? Et si ce matraquage jouait avec nos systèmes nerveux reptiliens et limbiques (instinct et émotions) pour nous inciter à tenter de rétablir un équilibre psychologique menacé en activant, instinctivement, une pulsion d'acquisition qui fait bien l’affaire des éditeurs et annonceurs ?

Preuve :
Naguère, un PDG de télévision a vendu la mèche
« Pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible (...).
Rien n’est plus difficile que d’obtenir cette disponibilité. C’est là que se trouve le changement permanent. Il faut chercher en permanence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances, dans un contexte où l’information s’accélère, se multiplie et se banalise. "

Aujourd’hui la stratégie s’est affinée. Il ne s’agit plus de "détendre" le lecteur ou le spectateur mais au contraire de le mettre sous tension et de le plonger dans l’angoisse pour le préparer à acheter compulsivement et aveuglément le meilleur des mondes. 

Le "neuromarketing" est passé par là.

Remède :
Il existe un antidote à la manipulation qui vise à faire de nous des agents économiques passifs, conditionnés et désenchantés.  C'est l'esprit critique. Comprendre le mécanisme, c'est échapper à l'influence et devenir capable de résister aux sirènes de la désespérance...


Vous voulez savoir à quelle sauce vous pourriez être mangés et comment y échapper ?

2 commentaires:

  1. Bonjour, Je suis bien d'accord avec vous l'esprit critique est une posture quasi éthique, réflexive et donc évolutive. Il requiert un véritable effort certainement facilité par le partage de l'information et de la connaissance opérant via les réseaux sociaux.
    Toutefois deux remarques concernant son partage : - le virtuel comme communauté reste bien en marge des émotions "vitales" ressenties dans le face à face, comment transposer ces attentes dans un contexte où la vie sociale se résume parfois à bien peu ? - en opposition au modèle dominant, il requiert d'être libre ou libéréE au risque d'un sentiment de "mise en périphérie", dit autrement d'exclusion qui sert bien évidemment le système en place.
    Les hommes (et les femmes) qui pensent en rond ont les idées courbes disait Léo Ferré, alors préférer la diagonale du fou ?
    Merci de vos apports généreux, CLR

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  2. Je vous remercie de votre commentaire sur ce billet.

    Je partage votre point de vue sur la difficulté d'échange sur les réseaux sociaux. Ce sont bien souvent des "émetteurs" et des "récepteurs" qui ne se croisent pas, des droites parallèles qui se rencontreront -peut-être - à l'infini un jour, pas tout de suite...

    Cependant je crois que le risque d'être marginalisé en prenant du recul critique est diminué par un positionnement personnel travaillé individué (ce qui est différent de l'individualisation.)

    Ce positionnement n'engendre pas le sentiment d'être mis en périphérie mais bien au contraire celui d'être relié à la communauté de tous ceux qui souhaitent voir l'humain remis à sa place : celle de sujet et non pas exclusivement celle d'objet économique.

    Les petits ruisseaux font les grandes rivières.
    Votre commentaire est bien la preuve que c'est possible...

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