lundi 1 juillet 2013

Comment gaspiller un talent


Remue-méninges : une petite main inutile ?

Anna* a toujours travaillé et n'imagine pas une seconde de ne pas le faire. Avant même la fin de ses études, elle a eu à cœur de "gagner sa vie" : vente sur des marchés, emplois saisonniers, intérim…

Elle a commencé un BTS secrétariat qu’elle n’a pu terminer, comme beaucoup, contrainte pour des raisons financières d'accepter un emploi qu’on lui proposait. Elle est employée par une grosse PME de services aux entreprises depuis quinze ans. Pour venir travailler à Paris elle a, tous les jours, trois heures de transport.

Anna a un talent : elle sait mettre de l’huile dans les rouages du service dans lequel elle travaille avec une dizaine d'autres assistantes. Elle apporte, sans se mettre en avant, sa bonne humeur, sa gentillesse, son écoute, en facilitant le travail de tous et en ne faisant jamais état de ses difficultés personnelles. Elle sait calmer les tensions, éloigner les conflits, proposer une répartition équitable du travail, garder le sourire malgré la pression car son service a un rôle de support transverse. Elle sait aussi dire "non", avec fermeté, sans agressivité. 

La culture de l’entreprise est une culture d’ingénieurs et d’autres fonctions sont plus valorisantes et plus valorisées que la sienne.  

Le talent d’Anna est gaspillé.
Le travail qu’on lui a confié consiste à exécuter des procédures face à un ordinateur. C’est un travail technique, assez répétitif, qui ne fait pas appel à ce qu’elle aime faire et à ce qu’elle fait le mieux, mais qu’elle accomplit pourtant avec efficacité et professionnalisme.

Elle commence à s’étioler et à perdre la flamme...

Sa hiérarchie, qui n’est pas opposée à une mobilité, lui demande ce qu’elle aimerait faire d'autre mais n'a pas d'idées pour elle. Personne n’a identifié sa capacité à construire de bonnes relations avec les clients internes, ses qualités relationnelles et humaines, son sens de l’organisation, son pragmatisme et sa capacité à trouver des solutions efficaces aux problèmes concrets qui se posent.

Elle est une petite main invisible. Personne n’a pris le temps de réfléchir à ses capacités. Personne n’a remarqué que son talent de facilitatrice serait bien utilisé en organisation du travail des équipes support : l’entreprise fonctionne en permanence dans l’urgence, les exigences des clients sont fortes, les improvisations et modifications de dernière minute sont fréquentes, causes de tensions qui perturbent l'ambiance de travail.

Le talent n’est pas l’apanage exclusif des hauts potentiels très diplômés.

Sans Anna et son talent, les ingénieurs seraient-ils aussi productifs ?

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*Le prénom a été modifié par souci de confidentialité

1 commentaire:

  1. Bien décrit, toujours une GPE bien menée et ce que j'appelle " Chercher l'oiseau rare "

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