jeudi 7 février 2013

L'emploi : "Dominant-Dominé"



Remue-méninges : embauche, emploi, changer de lunettes...

Faut-il s’évertuer à envoyer des tombereaux de CV en réponse à des annonces peu explicites ? A se soumettre à des questions "piégées" après avoir vécu un stress infernal ? A attendre de la reconnaissance au travail de ceux qui ne savent pas ou ne veulent pas en donner ?

Est-il possible de penser autrement ? Pour répondre à cette question, il nous faut relire l’Histoire.

Notre vieux pays s’est construit, au fil des siècles, sur le modèle hiérarchique de la royauté toute puissante. Le Roi était le représentant absolu de Dieu sur terre et il déléguait un peu de son pouvoir à ses vassaux, seigneurs dans leurs châteaux forts. Eux-mêmes assuraient la sécurité des villageois en les abritant à l’intérieur de leurs remparts, en échange de la force de leurs bras et d’une totale docilité.

La révolution de 1789 a aboli la royauté absolue et les privilèges. Mais elle n’a pas aboli les représentations collectives. Sitôt la royauté démise, nous nous sommes empressés de nous donner un empereur, puis deux ou trois autres rois, puis une brève république, remplacée par un autre empereur chassé par une autre révolution, suivie de pas mal de cafouillages et de carambolages, jusqu'au concept de l'Homme Providentiel que nous espérons toujours…

Car nous en sommes encore là. 
Les grenouilles demandent un Roi.

Nous avons tué le Père mais le traumatisme a été si violent que nous en sommes encore pétris de culpabilité et que, dans une terrible compulsion de répétition, nous nous remettons inconsciemment en position de dominés, soumis à des puissances à qui nous demandons la sécurité.

Il va bien falloir que nous en terminions avec le deuil de ce Père tout puissant, qu’il soit représenté par un responsable politique, une entreprise, des "supérieurs" hiérarchiques, des recruteurs...

Il va bien falloir grandir et assumer notre part de liberté.
Et cela commence en remettant en cause nos idées reçues sur l’emploi. Quel est le rôle dévolu à un salarié ou à un aspirant salarié ? Est-ce accepter d'être taillable, corvéable à merci et demandant à l’être, en échange d'une protection durable ? Près de quatre millions de chômeurs sont la preuve que cela ne fonctionne plus.

Il devient urgent de changer la donne. 
Comment ? 
Sortir de cette relation "dominant-dominé", "supérieur-inférieur" et entrer psychologiquement dans une relation de partenariat adulte.

Les changements que nous sommes en train de vivre sont complexes et systémiques. Nous ne pouvons pas, individuellement, changer la société. Mais modifier l'idée que nous nous faisons de notre rôle d'acteur économique peut rapidement faire tache d'huile. 

Et cela commence par :

Anticiper et faire de la prospective : si vous êtes salarié en activité, tenez-vous informés des stratégies de votre entreprise, ne faites pas l’autruche en espérant vous faire oublier des charrettes de licenciement, renseignez-vous vraiment sur les possibilités de mobilité interne, identifiez les tendances en germe et les acteurs de votre secteur d’activité, au besoin formez-vous sur les méthodes et les outils de demain. 

Refuser de se "vendre" comme une marchandise, que ce soit en interne ou en externe. J’ai connu un commercial en poste avec un projet d’évolution impossible à mettre en œuvre là où il était. Il envoyait, aux PME qui l’intéressaient, un bristol avec son titre et deux lignes rédigées ainsi :
"Je suis très satisfait de mon entreprise actuelle et je n’envisage pas d’en changer sauf, éventuellement, pour contribuer au développement commercial du secteur de l'éolien à l’international, où j’ai de très bons réseaux que j’aimerais utiliser". Avec son mail et son téléphone, cela fonctionnait très bien.

Être décideur pour soi-même : que vous soyez en activité ou en transition, sachez ce que vous voulez, ce dont vous ne voulez pas, soyez en accord avec vos valeurs, n’acceptez pas n’importe quoi, fixez vos critères, demandez à l’entreprise de "se vendre"…

Se connaître et ne pas se dévaloriser : sachez aussi ce que vous valez, quelles sont vos compétences opérationnelles bien sûr, mais aussi vos aptitudes transversales et surtout vos talents distinctifs et vos moteurs.

Ne pas être "demandeur" : on ne prête qu’aux riches, hélas… N'envoyez plus de rafales de CV en réponse à toutes les annonces. Une entreprise qui recrute recherche d’abord son candidat en interne, puis dans son réseau, et ne fait paraître une annonce qu’en dernier lieu. A ce stade, elle est ensevelie sous des centaines de réponses et la vôtre se retrouvera noyée dans la masse.
Il existe d'autres approches, plus efficaces. Elles ont le mérite de vous différencier et de préserver votre équilibre mental.

S'informer, entretenir et développer des relations : entrez dans les réseaux sociaux professionnels, évidemment. Ils permettent de glaner des informations, de suivre l'activité des entreprises, de nouer des contacts et du dialogue, d'être visible… A condition de ne pas décalquer strictement votre CV sur votre profil public, quoi qu’on vous dise. La rubrique "expérience" compte, certes, mais ce qui compte encore plus, ce sont vos réalisations, en lien avec votre personnalité. Il est inutile de retomber dans les travers du CV dépersonnalisé et réduit à l'état de squelette. C'est une personne vivante que vous donnez à voir et non une fiche anthropométrique aseptisée. 
Ici, vous pouvez dire "je" : "j'aime", "je souhaite", "je réussis à", "je connais", "j'ai un projet"...

Mais l'essentiel, c'est d'avoir une activité en parallèle de son emploi ou d'une recherche de poste.

On vous rebat les oreilles de cette rengaine : une recherche d’emploi, c’est un travail à plein temps.  A plein temps, c’est surtout le plus sûr moyen de sombrer dans la dépression et l'amertume.

Il est vital de faire aussi autre chose : si vous êtes en transition, utiliser votre savoir permet de le valoriser : par exemple, prendre du temps pour conseiller même bénévolement, une association ou des TPE, enseigner l’orthographe ou l’Anglais à des élèves (ou à des cadres), donner des cours d’informatique, réaliser des bijoux ou créer un blog mode, relire et corriger des mémoires pour les étudiants dans votre spécialité, proposer de contribuer à la gestion comptable d’associations, accepter des missions de télétravail, entreprendre une formation ou de l'autoformation.
Si vous êtes en fonction, vous pouvez faire du mécénat de compétences, du tutorat, échanger des informations avec vos collègues, créer un réseau social interne, faire de la veille...

Ce sont des activités qui permettent de gagner en assurance et en estime de soi, de développer des compétences insoupçonnées et de ne pas se ranger dans la catégorie des victimes. 

Le premier bénéfice à en tirer, en effet, c'est celui de ne plus se considérer comme un quémandeur dans le besoin. (Oubliez cette formule : "Très motivé par le poste que vous proposez, je suis disponible immédiatement). En étant acteur de vos choix, vous susciterez de l'intérêt car l'initiative et l'autonomie sont des aptitudes rares et ce qui est rare est désirable, ainsi va le monde.

La génération des "Yers" l’a sans doute compris. On ne lui a pas enseigné l’Histoire et à quelque chose malheur est bon : elle est débarrassée de cette représentation dominant-dominé, elle sait dire oui ou non, elle ne se sent pas attachée à ce modèle de château fort protecteur et sécurisant, elle veut bien travailler beaucoup mais ne veut pas être exploitée, elle est mobile si elle trouve mieux ailleurs, elle plonge dans la perplexité les managers qui ne la comprennent pas et qui ne savent ni comment l'encadrer, ni comment la fidéliser car, dans sa tête, elle est libre.

Et c’est tant mieux, nous allons peut-être enfin, après 224 ans, cueillir les fruits de la révolution française…


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