vendredi 25 janvier 2013

Recrutement : un oeil critique





Remue-méninges : "T'es pas fou, Loulou ?"

Quelques grandes entreprises de Silicon Valley, en mal d'innovation, ont encore amélioré la manière de piéger et déstabiliser les candidats, lors des entretiens de recrutement.

Le but du jeu, c'est de leur poser des questions surréalistes, en prétendant qu'elles servent à tester la créativité. Certains recruteurs français sont enthousiasmés et vont emboiter le pas, toutes affaires cessantes, ce qui va contribuer considérablement à enrichir le bêtisier de l'emploi.

Partagée entre le rire et la stupéfaction, j'ai eu envie d'imaginer un Jean de la Lune qui ne jouerait pas le jeu.

Deux questions, au hasard.
-Le recruteur : "Quelle quantité de papier hygiénique faudrait-il pour recouvrir entièrement le Texas ?"
-Jean de la Lune, naïf : "Ne me dites pas que vos managers sont atteints à ce point-là ? Ils veulent vraiment étaler du papier hygiénique partout ?"

-Le recruteur : "Nage-t-on plus vite dans l'eau ou le sirop ?"
-Jean de la Lune, prévenant : "Écoutez, camarade, regardons calmement le problème en face. Vous devez vous défaire de cette impulsion à nager dans le sirop. Il faut, tout de suite, là, comme un homme, décider de vous en tenir à l'eau et mener une vie plus saine. D'accord ?"
....... 

Par définition, les créatifs sortent des schémas conventionnels et des sentiers battus. Ils ont une pensée divergente et convergente, qui produit des idées inattendues, hors normes et donc impossibles à étalonner et à prévoir.
 
Ces questions semblent appeler un raisonnement logique et rationnel, sur des prémisses incongrues et fantaisistes.  Le "piège" est là. On ne peut en sortir qu'en pensant autrement, or, paradoxalement, les "bonnes réponses" sont déjà prévues, définies et attendues... Comment, dans ces conditions, le degré de créativité d'un candidat pourrait-il être évalué, par qui, sur quels critères ?
 
Est-ce donc bien la créativité et la capacité d'innovation qui sont recherchées ? 
Jean de la Lune ne sera pas recruté, évidemment. Il ne sera pas éliminé par manque de créativité, mais par manque de docilité : il sort du cadre en remettant les questions en question. Pour l'Autorité, il n'en est pas question. 
L'Autorité chercherait-elle des créatifs-conformistes, l'équivalent moderne de la Chimère ?
 
En fait, ce petit jeu d'influence ressemble beaucoup à une prolongation de l'expérience de Milgram
Jusqu'où, grâce à quel appât, peut-on amener un candidat intelligent à obéir à une consigne sans réfléchir, afin d'être sûr qu'il soit un exécutant inconditionnel, adhérant totalement aux injonctions et aux orientations de la firme ?

Si vous ne souhaitez pas être lobotomisés, vous pouvez vous entraîner, avec Jean de la Lune, à sortir du jeu.

Vous ne serez pas sélectionnés par les Top 10, 
mais vous aurez développé votre esprit critique. 

C'est salutaire.

Un très bon article sur ces pratiques de recrutement
 Ici

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