mardi 18 décembre 2012

Complexé ? Décomplexé ? Complexe...


Remue-méninges : complexes, tabous, interdits.

-"Il n'y a pas de tabou..."
-"Je ne vois pas au nom de quoi je m'interdirais de..."
-"Décomplexé"...

Nous sommes assaillis par ces affirmations, partout, tous les jours, jusqu'à plus soif, sur toutes les manchettes des journaux et magazines, à la une des sites d'information, dans les discours et les déclarations de responsables politiques.

Savons-nous encore ce que parler veut dire ? Ou la langue française est-elle en passe de devenir du Gloubi-Boulga, cette tambouille immangeable que seuls Casimir et les enfants peuvent apprécier ?

Un peu de sémantique :
Le tabou n'a plus aujourd'hui le sens religieux d'interdit sacré et dans ce sens il a, en effet, pratiquement disparu. Mais il fonde peut-être bien, de manière implicite, l'éthique de la relation et du vivre ensemble en instaurant des limites, des interdits et des obligations. Le décalogue et les religions ne codifient plus légalement, dans les sociétés occidentales, nos comportements sociaux. Reste cependant un absolu laïque, infrangible et inscrit dans la déclaration universelle des droits et des devoirs de l'homme :
http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/IMG/pdf/DUDH.pdf 

L'interdit, c'est justement ce qui donne la possibilité de liberté pour tous. Il trace des frontières à la toute puissance potentielle des individus et des institutions.

Le "complexe" est polysémique. Il peut s'entendre comme un frein au développement d'une personne (complexe d'infériorité par exemple). 
Il peut décrire un ensemble d'éléments en interaction (le complexe du Moi, les systèmes complexes). 
Il peut aussi être l'antonyme de "simpliste". 

Donc, que signifie être "décomplexé" et "sans tabou" ?
Est-ce ne pas être affligé d'un complexe d'infériorité ? Ou être affligé du retournement en son contraire, le complexe de supériorité qui s'accompagne de mépris pour les canards boiteux ?  Est-ce n'éprouver, jamais, aucune culpabilité ? Est-ce ne rien s'interdire, ne pas accepter de limites à sa propre expansion ?  Ou bien encore, est-ce se forger une réaction de défense face aux changements en simplifiant la complexité et en adoptant une réduction en noir et blanc de ce qui est naturellement nuancé ?

Et pourtant... Si nous ne voulons pas vivre dans la jungle, il faut cessairement des limites, des frontières à ne pas franchir, des inhibitions à la violence de quelque ordre qu'elle soit. Elles sont nécessaires à la vie en société et sont au principe de la loi.

Elles peuvent s'exprimer simplement : l'autre et le monde ne sont pas des objets à ma seule disposition.  
"Je ne suis pas au centre de tout, je ne suis pas tout, je ne peux pas tout avoir, je ne peux pas faire tout ce que je veux, mes droits sont limités, en paroles et en actions, par ceux des autres."

Cette attitude "décomplexée", brandie comme un étendard et revendiquée comme une liberté, ressemble au triomphe de l'individu centré sur son bon plaisir et sur son moi jubilant, refusant pour lui toute limite, mais très disposé à en imposer aux autres.

 Ce qui ressemble étrangement à un syndrome de psychopathologie...
Ce qui ressemble aussi beaucoup à une régression...

Nos sociétés dites développées seraient-elles en train de refaire une crise de puberté et une poussée d'acné ?

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