mercredi 26 décembre 2012

Apocalypse ou renouveau ?



L’œil de la mouche : Les fantasmes de fin du monde. 

Une épizootie a atteint l'espèce humaine, à la veille du 21 décembre 2012 : l'Apocalypse est pour demain. No future.
Comme les animaux malades de la peste, "ils n'en mouraient pas tous mais tous étaient frappés"...
  
Essayons de comprendre ce phénomène mortifère.
Dans un essai, Katia Varenne, psychanalyste, développe une réflexion de Freud, en 1911, sur les écrits autobiographiques du président Schreber, "le journal d'un névropathe".
Cette réflexion de Freud porte sur les pensées fantasmatiques du président Schreber et sur sa "croyance délirante en une catastrophe cosmique qui mènerait à une destruction inéluctable, en prenant la forme d'épidémies dévastatrices, de tremblement de terre, de déluge ou du retrait de la chaleur solaire." 

Extrait : "Le fantasme de fin du monde". Katia Varenne. L'Harmattan.
"Il ressort de ce texte de Freud que le fantasme, sous sa forme délirante, serait une projection sur le monde extérieur d'une destruction du monde intérieur, affectif, fantasmatique, du sujet qui délire. Freud centre alors ce passage autour de la notion de désinvestissement objectal, (...) pouvant aller jusqu'à la perte de l'intérêt général."

Formulons une hypothèse :
  • Et si nous ne pouvions pas devenir pleinement humains sans reconnaître le visage et les besoins de l'autre, comme en sont témoins les enfants sauvages ?
  • Et si la croyance que l'homme est un loup pour l'homme engendrait un féroce esprit de compétition ?
  • Et si notre monde intérieur s'appauvrissait, et si nous  refoulions, influencés par l'idéologie dominante, ce qui fonde l'humain : le lien aux autres et l'intérêt collectif pour le bien de chacun ?
  • Et si l'individualisme prévalait, et si l'éthique de la relation s'effondrait : "Moi d'abord et après moi le déluge" ?... 

  • Et si des prédateurs s'employaient, chacun pour soi, à remplir leur besace, en faisant fi de l'entraide et de la fraternité, signes de faiblesse et de naïveté ?
  • Et si l'humain, variable d'ajustement, était mis au service de l'économie devenue une finalité, en place de ce qu'elle devait être : un moyen au service du développement humain ? 
  • Et si la fonction symbolique s'estompait au profit d'une matérialité cynique, prévalente et immédiate ? 
  • Avoir, paraître, sembler, et non être ou devenir :  Et si les verbes d'état avaient muté ?

Alors, l'égocentrisme, la loi du plus fort, une boulimie consumériste effrénée, la subordination à un dieu financier tout puissant, ("la main invisible du marché"), ne pourraient qu'aller de pair avec une forte culpabilité inconsciente, causée par le refoulement de ce qui tisse notre humanité. 

Alors, le refoulé, le déni de ce qui nous relie les uns aux autres comme les perles d'un collier, ressurgiraient sous la forme de fantasmes délirants et punitifs d'Apocalypse...

Tout effacer pour recommencer à zéro. Babel à nouveau. Est-ce de la science-fiction ? Hélas, non...

Cependant, il y a de l’espoir. Nous sommes sans doute en train de changer d'ère et l'une émerge là où l'autre finit.

Ces fantasmes nous signalent peut-être le besoin profond de trouver un équilibre dans notre rapport au monde, aux autres et à nous-mêmes.

Et c'est urgent.

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