lundi 5 mars 2012

Communiquer : dialoguer




Remue-méninges : Bonjour, et après ?


Que se passe-t-il quand nous rencontrons quelqu’un  que nous connaissons ?

Un signal :
« Bonjour, comment allez-vous ?
-Très bien, et vous-même ?
-Mais oui, merci »
C’est tout. Nous avons manifesté un signe d’appartenance à une communauté, une interaction sociale « light ». Et les choses en restent là. Nul ne s’attend à ce qu’elles aillent plus loin. 

C’est ce qui permet de mettre un peu  d’huile dans les rouages sociaux.

Du bruit :
Est-ce qu’il vous arrive d’écouter les conversations dans le métro au point d’en oublier de descendre à votre station ? Moi, oui. Je sais, c’est très malpoli… Mais c’est fascinant.

Par exemple, deux jeunes femmes :
Numéro 1 : « Et alors… Patati patata… Et alors je lui dis… Bla bla Bla… Et alors il me fait… Patati patata… » Le tout sans respirer, à la vitesse d’un tsunami emportant tout sur son passage, pendant au moins cinq minutes.
Pendant ce temps, numéro 2, l’œil fixe, concentrée sur la bouche de sur son interlocutrice, a manifestement envie d’intervenir mais trouve difficile d’endiguer le flot.  Et elle attend avec avidité le moment où l’autre va devoir reprendre sa respiration pour s’emparer du micro.

Et hop !
  
« Oui-cé-comoi-JE … Et alors… Patati patata… Et alors je lui dis… Bla bla Bla… Et alors il me fait… Patati patata… »
Numéro 1  n’a plus qu’à attendre le moment où Numéro 2 va reprendre son souffle pour remettre la main sur le micro. Et ainsi de suite jusqu’à leur descente sur le quai.

C’est l’équivalent de l’épouillage chez les chimpanzés : un contact, l’établissement d’une sorte de caresse verbale, une manière de croiser des solitudes.  Il n’y a pas là un émetteur et un récepteur, il y a deux émetteurs qui expriment leur Moi.
C’est sans danger et sans enjeu.  J’émets un message : j’existe. 

Deux droites parallèles ne se rencontrent, parait-il, qu’à l’infini.
C’est loin !

De la frime :
J’ai eu une voisine pénible.
Quand je la croisais et que je lui disais « Bonjour comment-allez-vous ? », elle se croyait obligée de me le dire. Longuement, à la première personne du singulier, en mettant en scène un personnage brillant, Nanti-De-Belles-Relations-Et-Appartenant-Aux-Privilégiés-Du-Monde.

Elle projetait, sur l’écran que je représentais à ses yeux, le film dont elle était l’héroïne, sans se demander si ça me passionnait – Il allait de soi que ça ne pouvait que me passionner. Le rôle qu’elle m’attribuait était celui d’un public neutre, muet, passif et admiratif, un miroir.

Une fois, c’est amusant. Après, ça commence à agacer.
Je peux comprendre pourquoi elle le fait mais je ne suis pas forcément obligée d’accepter.

Donc, agacée, j’ai mis en place un dispositif de dissuasion massive : à la rencontre suivante, je ne lui ai pas demandé comment elle allait mais je l’ai ensevelie sous une masse d’informations à mon sujet : les nouvelles du petit dernier, de ma santé, de toute ma famille,  du chat, les réparations du toit et tout ça.
Les choses n’ont pas traîné, elle s’est rapidement découvert une course urgente à faire.

Depuis, nous nous adressons des « signaux » light, le plus cordialement du monde.

Des opinions :
La saison est fertile en débats, en tables rondes réunissant économistes, intellectuels, politiques, célébrités du marketing, journalistes, qui ont des choses à dire pour nous éclairer sur la marche de la planète et nous indiquer ce qu’il faut en penser. Ils sont sensés échanger des analyses et de cet échange doit jaillir, pour nous, la lumière.

Cacophonie intégrale et migraine assurée : tous parlent en même temps, se coupent sans arrêt la parole, s’interrompent en haussant le ton, veulent faire triompher leurs idées et leur vision. En définitive, nous, spectateurs, ne sommes peut-être pas beaucoup plus avancés, mais sûrement épuisés.

Le but du jeu est un combat : il s’agit de mettre l’interlocuteur KO debout en lui prouvant qu’il dit des inepties et qu’on est seul à détenir des vérités essentielles. Et si on y arrive, de se retrouver vainqueur, au milieu d’un champ de ruines.
 Ce n’est pas un dialogue mais un match de catch.

Dans convaincre, Il y a vaincre. Le combat cesse avec la victoire, faute de combattants.

Mais aussi, parfois, miracle !  
Une rencontre :

« Entre
Ce que je pense,
Ce que je veux dire,
Ce que je crois dire,
Ce que je dis,
Ce que vous avez envie d'entendre,
Ce que vous croyez entendre
Ce que vous entendez,
Ce que vous avez envie de comprendre,
Ce que vous croyez comprendre,
Ce que vous comprenez,
Il y a dix possibilités qu'on ait des difficultés à communiquer.

 
Mais essayons quand même… »
   (Bernard Werber. L’Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu.)  





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