vendredi 25 novembre 2011

Votre différence





Remue-méninges : le complexe de Procuste

 
Commençons par le commencement : qui était Procuste ?

C’était un brigand de l’antiquité grecque qui avait ouvert une auberge à la croisée de chemins et qui offrait un lit aux voyageurs épuisés.

Ce lit avait une particularité : il était juste à la taille que Procuste estimait normale. Lorsque les voyageurs dormaient, l’aubergiste les visitait. Si leurs jambes dépassaient du lit, il les taillait pour mettre le voyageur à la « bonne » dimension. Si au contraire, les jambes étaient trop courtes, il les étirait afin qu’elles atteignent la longueur convenable.

Le complexe de Procuste est la marque de tout ce qui tend à standardiser et catégoriser le psychisme d’un être humain. Tous ceux qui veulent qu’un individu soit étalonné en fonction d’une norme établie une fois pour toutes, sont atteints du complexe de Procuste.

Bien entendu, il faut dans toute société, des lois, des cadres, des limites qui doivent porter sur les actes et sont vitales pour notre survie collective.
Mais il est impossible de mettre un être humain en fiche, de numéroter cette fiche, de la ranger dans une boite en soupirant de soulagement parce qu’on a épinglé une définition sur un individu ou une classe d’individus, devenus prévisibles, "normosés" (Norme +névrose)...

Il y a dans notre psychisme, de l’inconnu, de l’imprévu qui ne se laisse pas réduire.

Ce que nous pouvons faire avec des haricots verts ou des petits pois (triés en « fins, extra-fins »…) nous ne pouvons pas le faire avec des êtres humains.

Et c’est une chance, pourquoi ?

C’est une chance car nous sommes en train de vivre un énorme bouleversement auquel il va falloir faire face avec créativité et adaptation.

En effet, nous sommes pris, en ce début de siècle, dans une formidable révolution qui apportera probablement autant de changements que ceux provoqués, il y a 500 000 ans, par la fabrication du feu : sur sept milliards de terriens, plus de 20% sont aujourd’hui déjà connectés entre eux, en direct, via le Net et les réseaux et leur nombre augmente vite.

Nous sommes passés, à la vitesse de la lumière, de la mentalité villageoise et tribale à une mentalité planétaire, de la culture du dictionnaire papier à l’accès instantané à tout le savoir humain.

C’est une vague dont nous ne mesurons sans doute pas l’ampleur car nous y sommes plongés, sans recul.

Pour la première fois depuis les débuts de l’humanité, nous pouvons être informés de tout qui arrive, en temps réel, d’un bout de la planète à l’autre. Cette avalanche d’informations et d’interactions est difficile à assimiler car le changement est très rapide et déstabilise les repères.

On peut le déplorer ou s’en réjouir, on peut vouloir réguler les dérives, corriger les excès, on ne peut ni le nier, ni revenir en arrière. 

C’est une « mutation » qui bouleverse la vision et l’organisation du monde et provoque des peurs et des réactions de défense.
Mais elle demande aussi des trésors d’adaptation et d’invention. Elle fait appel à la créativité, au partage et à l’échange dans tous les domaines d’activité : économique, scientifique, social, médical, éducatif, politique…

La société aura besoin demain, d’individus capables d’imaginer des solutions aux modifications formidables qui se dessinent. Il y faudra des esprits aptes à sortir des sentiers battus, à proposer des idées neuves, à comprendre l’évolution en cours et à surfer avec elle.

Ce besoin d’individus inventifs touchera tous les métiers : aussi bien celui de la standardiste et du technicien informatique que celui du commercial, du médecin, de l’enseignant, de l’artisan ou de  l’entrepreneur…

Ne succombons pas au complexe de Procuste.
La société à venir n’a pas besoin de petits pois calibrés.

L’inventivité sera nécessaire pour prévenir la tentation de laisser faire une poignée de maitres du monde régnant sur une armée d’exécutants dociles. Avez-vous lu "le meilleur des mondes" d'Aldous Huxley ?   Ici

Elle sera nécessaire pour trouver de nouvelles ressources, d’autres manières de vivre ensemble, d’autres modes de vie, d’autres façons d’instaurer des échanges.


C’est, sans aucun doute, un grand défi.
Mais c’est aussi une belle aventure qui nous concerne tous.


2 commentaires:

  1. Coucou Monique,
    Quand je veux vous envoyer un commentaire, quel profil dois-je sélectionner ? Anonyme est le seul qui marche.
    Merci de votre aide.

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  2. Bonjour A Nonyme,
    Merci de votre message.
    Par définition, je ne peux pas vous répondre...(pas de nom, pas d'adresse)
    Alors, pour les commentaires, en attendant que les hommes de l'Art se penchent sur la question, le mieux serait de laisser un commentaire "anonyme" en mettant votre nom dans le corps du texte. Qu'en pensez-vous ?

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