mardi 20 mars 2012

Communiquer : stigmatiser



L’œil de la mouche
le bouc émissaire et la pensée magique.


Ce billet a été écrit avant le drame atroce du 19 mars qui nous impose à tous une vigilance particulière dans nos actes et nos paroles : "qui sème le vent récolte la tempête".

Dans l'échange entre un émetteur et un récepteur, les "parasites" de la communication viennent souvent brouiller le message et le fausser.

Ces parasites sont très fréquents dans les périodes d'incertitude, lorsque l'inconnu est ressenti comme une menace.

C'est justement dans ces circonstances qu'il faut être vigilant et refuser de céder à la pensée magique.

"La pensée magique est un des moyens que prend l'esprit pour échapper à l'angoisse de l'inconnu et pour se prémunir de l'imprévu. Elle semble donner le contrôle sur les évènements en établissant un lien de causalité entre deux évènements indépendants".(Ici)

Elle met en place des rituels visant à éradiquer la réapparition d'un danger. 

Elle débouche très souvent sur la recherche de boucs émissaires. Les causes des catastrophes ont ainsi un visage identifié, apparemment rationnel, donc rassurant.


Une magistrale illustration : Voltaire. Les contes philosophiques. Candide

"Après le tremblement de terre qui avait détruit les trois quarts de Lisbonne, les sages du pays n'avaient pas trouvé un moyen plus efficace pour prévenir une ruine totale que de donner au peuple un bel autodafé.

Il était décidé par l'université de Coïmbre que le spectacle de quelques personnes brûlées à petit feu, en grande cérémonie, est un secret infaillible pour empêcher la terre de trembler.

On avait en conséquence saisi un Biscayen convaincu d'avoir épousé sa commère, et deux Portugais qui en mangeant un poulet en avaient arraché le lard : on vint lier après le dîner le docteur Pangloss et son disciple Candide, l'un pour avoir parlé, et l'autre pour avoir écouté avec un air d'approbation : tous deux furent menés séparément dans des appartements d'une extrême fraîcheur, dans lesquels on n'était jamais incommodé du soleil.

Huit jours après ils furent tous deux revêtus d'un san-benito, et on orna leurs têtes de mitres de papier. La mitre et le san-benito de Candide étaient peints de flammes renversées et de diables qui n'avaient ni queues ni griffes ; mais les diables de Pangloss portaient griffes et queues, et les flammes étaient droites.

Ils marchèrent en procession ainsi vêtus, et entendirent un sermon très pathétique, suivi d'une belle musique en faux-bourdon.

Candide fut fessé en cadence, pendant qu'on chantait. Le Biscayen et les deux hommes qui n'avaient point voulu manger de lard furent brûlés, et Pangloss fut pendu, quoique ce ne soit pas la coutume.


Le même jour, la terre trembla de nouveau avec un fracas épouvantable".
                        
                          


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