lundi 5 décembre 2016

"Boostez le ranking" de votre blog


Développer son esprit critique, compétence essentielle...



L’ingénu en Gaule 
 Une recette imparable pour améliorer la fréquentation de votre blog.


J’ai commencé à alimenter ce blog « Parlez-moi de vous » en 2012, à raison d'un article par semaine.

De 2012 à octobre 2016, les statistiques de fréquentation de Blogger ont tourné régulièrement autour de 5000 pages lues par mois, avec des lecteurs français, européens et francophones, ce qui est un indice de fréquentation très confidentielle...
Mais j'en étais satisfaite, puisque mon seul objectif était de m'amuser et de partager des réflexions sur le travail et sur des sujets de société, pour le plaisir, sans aucune visée commerciale ni aucune ambition de figurer dans la liste des blogs les plus visités...

Et puis soudain, à ma grande surprise, en novembre 2016, ces statistiques ont explosé : en deux semaines, elles ont dépassé 10000 pages lues, ce qui m’a plongée dans la perplexité.

La gloire ?

Un engouement frénétique pour mon blog microscopique ?



J’ai regardé ces fameuses statistiques de plus près et j’ai constaté que cette célébrité inattendue provenait des États-Unis qui se sont, apparemment, pris de passion pour mes petits gribouillis français.

Pourquoi ?
 
En novembre, ont eu lieu les élections à la présidentielle américaine avec les résultats qu’on connait et qui m’ont inspiré quelques commentaires sur la fabrique d'illusions et l’aveuglement des médias. Pas de quoi ameuter les foules.

Depuis novembre, j'ai également constaté des pics de fréquentation survenant toutes les deux heures, avec la régularité d'un métronome.


J’en ai déduit que mes supposés lecteurs américains ne pouvaient être que des robots crétins, dressés à draguer tout et n’importe quoi, à l’aide de mots clés. (Ce qu'ils peuvent bien faire de leur pêche dépasse mon entendement.)


Conclusion 
si vous avez créé un blog,
 si vous voulez « booster votre ranking »
 un conseil :
 mentionnez dans vos articles,
 quel qu’en soit le sujet

Trump. Trump. Trump. Trump. Trump. Trump. Trump.

 ..........


A la suite de ce billet, je m'attends au moins à 20000 pages lues mensuelles
Ce qui, bien entendu, n'aura aucun sens.





mardi 29 novembre 2016

L'enfance oubliée et retrouvée







L’œil de la mouche : « Igor à l'étroit »

Jean-Baptiste Veber est enseignant, bloggeur (voir son blog Du matin et du soir, dans lequel il raconte, entre autres, sa vie de prof) et écrivain. Il a publié son premier roman « Ragots de lapins » il y a un an. Et dans la foulée, il vient de publier son deuxième roman, « Igor à l’étroit », .

 « Igor à l’étroit » : ce qui m’avait plu dans le premier roman, l’originalité du récit, la plasticité de l'écriture, l’effacement de l’auteur qui laisse en contact direct le lecteur et les personnages, je l'ai retrouvé ici. Il est étonnant qu’un jeune écrivain sache aussi bien mettre son égo en retrait. C’est une attitude rare et un grand talent d’écriture et d'écoute que de réussir à se faire oublier.

Pas d’effets de style qui valorisent l’auteur et qui attirent l’attention sur sa virtuosité, mais au contraire, grâce à son humilité et à son empathie, immersion immédiate dans la vie intérieure des personnages. Le lecteur est happé par ce qu’ils ressentent, sans effort, sans le truchement visible du narrateur.

« Igor à l’étroit » nous met en relation avec la vie intérieure d’un enfant, depuis la vie intra-utérine jusqu’à l’adolescence. Le thème, déjà, est original : qui de nous se souvient de ces deux ou trois premières années pendant lesquelles nous étions encore en devenir et encore dans les limbes ? Cette période de sensations, de perceptions, d'émotions brutes et chaotiques, les premières mises en forme rassurantes de ce chaos par le nouveau-né ?

Le tour de force de ce roman est de nous faire redécouvrir, sans théorisation, mais par résonance directe, ce que nous avons oublié de notre petite enfance : les terreurs, les bonheurs, les premières interrogations sur le monde bizarre des adultes et la découverte des relations affectives, l’acquisition du langage et la découverte de l’altérité sans laquelle ce langage n’est pas possible.

La personnalité d’Igor se forme peu à peu grâce aux relations qu’il noue avec son entourage. Mais déjà, de grandes tendances, encore en devenir, sont présentes : c’est un observateur, il dévore le monde par les yeux, il préfère la contemplation de l’infinie et fascinante variété des hommes et des choses à l’action, à l’agitation. Il veut passionnément voir et comprendre.

Tous ceux qui s'occupent d'enfants savent bien qu'ils ont des attitudes différentes, dès la naissance : le rêveur, le goulu rageur, le nerveux, le tonique et le placide... Les tendances potentielles sont déjà là, qui seront ensuite modelées, développées ou inhibées par les échanges avec les différents milieux dans lesquels l’enfant évoluera. Peut-être ces tendances sont-elles innées, peut-être sont-elles le résultat d’une interaction intra-utérine avec le monde extérieur, via les émotions de la mère, peut-être sont-elles dues à une combinaison de plusieurs facteurs ?

C’est autour de ces orientations de base, enrichies ou bloquées par les découvertes, les relations et les expériences, qu’Igor construira son image du monde et inventera le reste de sa vie.


Un extrait 
Igor à l'étroit... avant la naissance

« Il se sentait à l’étroit. Il était lassé par la nourriture monotone. Il s’ennuyait dans la contemplation des recoins de sa bicoque. Les manchons fleuris de ses bras se crispaient d’impatience. Il les envoyait buter contre les parois de sa cellule et ses jambes bourrelées piétinaient la matière dans laquelle il se trouvait envasé.

Des bruits de toute sorte excitaient sa curiosité. Souvent, une mélodie douce berçait ses oreilles. Parfois, elle apaisait son énervement. Lorsqu’elle cessait, il essayait de la reproduire. Il ressentait alors un chatouillis dans la gorge et entendait circuler  un son agréable dans sa cavité. Des heures durant, il filait cette mélodie pour égayer sa morosité. Il était mélancolique, même s’il ne pouvait encore le savoir ; déjà, il ressentait ce sentiment qui consume les entrailles des éternels insatisfaits. Il était insatiable, même s’il ne pouvait encore le soupçonner ; car dans son doux logis, apprêté à merveille pour lui, il n’éprouvait que frustration et enfermement.

L’envie poignante de crever sa carapace, de passer par-delà la voûte du monde connu, l’habitait. Par elle, il était attiré comme l’amour par la beauté. Même s’il ne pouvait encore le supposer, ce désir était partagé en lui entre un besoin d’épanouissement et une volonté de destruction. Il voulait découvrir l’inconnu, ce qui nécessitait de s’affranchir de ses entraves de chair. Même s’il ne pouvait encore l’imaginer, son envie était celle de la liberté, du ciel immaculé. »

« Le style est l'homme même » 
Buffon


Pour lire « Igor à l’étroit »
C'est ici 
Ou ici